Le lundi matin, à six heures, Rachid commence sa tournée au parc de la Tête d’Or, à Lyon. Agent d’entretien de la ville depuis quinze ans, il aime ce parc, ses grands arbres et son lac. Mais en été, les lundis sont devenus les jours qu’il redoute le plus. « Après un week-end de beau temps, on dirait un champ de bataille. »
Sur les pelouses, il trouve des bouteilles en plastique et en verre, des emballages de pizza, des canettes, des mégots par milliers et parfois des barbecues jetables encore chauds. Les poubelles débordent, et les corbeaux et les rats éparpillent les déchets. Certains week-ends, son équipe ramasse plus de trois tonnes de déchets.
Pourtant, la plupart des gens ne sont pas de mauvaise volonté. Le problème, selon Rachid, c’est l’effet de groupe. « Quand une pelouse est déjà sale, les gens se disent qu’un papier de plus ne changera rien. » Les mégots sont particulièrement graves : un seul mégot peut polluer jusqu’à cinq cents litres d’eau, et ils finissent souvent dans le lac.
Face à ce problème, la ville a testé plusieurs solutions. Elle a installé de grandes poubelles de tri et des cendriers de poche distribués gratuitement. Des panneaux humoristiques ont été posés : « Ici, même les canards ramassent leurs déchets. » Elle a aussi augmenté l’amende pour avoir jeté des déchets par terre, qui peut atteindre cent trente-cinq euros. Mais les contrôles restent rares.
C’est finalement une initiative citoyenne qui a fait la différence. Un groupe de jeunes du quartier organise chaque dimanche soir un « ramassage collectif » de trente minutes. Ils distribuent des sacs et des gants aux familles qui pique-niquent. Beaucoup acceptent de participer, souvent avec leurs enfants. L’ambiance est conviviale, et ceux qui ramassent ne jettent plus.
Depuis deux étés, Rachid observe un vrai changement. « Les lundis sont moins durs. Et parfois, des gens viennent me dire merci. Ça fait du bien. »