Depuis trois ans, Hélène va travailler à vélo tous les jours : huit kilomètres entre son appartement de la Croix-Rousse et son bureau, près de la gare de Lyon-Part-Dieu. Elle connaît le trajet par cœur. Ce mardi de février, il faisait encore nuit à sept heures et demie, et la chaussée était mouillée.
Au croisement d’une grande avenue, une voiture a tourné à droite sans regarder et sans mettre son clignotant. Hélène roulait sur la piste cyclable, avec le feu vert. Elle a freiné de toutes ses forces, mais elle a glissé et heurté la portière de la voiture. Elle est tombée lourdement sur l’épaule.
Le conducteur est sorti tout de suite, très choqué. « Je ne vous ai pas vue, je suis désolé ! » Des passants ont appelé les secours et sont restés avec Hélène en attendant. Heureusement, elle portait un casque, qui était fendu. « Sans lui, je ne serais peut-être pas là pour raconter. »
Aux urgences, la radio a montré une fracture de la clavicule. Elle a dû porter une écharpe pendant six semaines et faire des séances de kinésithérapie. Son vélo, lui, avait la roue avant tordue.
Avant l’arrivée des secours, une passante lui avait conseillé de remplir un constat amiable avec l’automobiliste. Hélène a dessiné le croquis de l’accident, et le conducteur a reconnu qu’il n’avait pas vérifié son angle mort. Grâce à ce document, l’assurance de l’automobiliste a pris en charge les frais médicaux, la réparation du vélo et une indemnisation pour son arrêt de travail.
Pendant des semaines, Hélène a eu peur de remonter sur un vélo. Elle sursautait au moindre bruit de moteur. Mais elle a fini par reprendre, d’abord le week-end, sur les quais du Rhône. Aujourd’hui, elle roule à nouveau tous les jours, avec quelques changements : un gilet jaune, deux lumières puissantes et une prudence renforcée aux croisements. « J’ai le droit d’être sur la route. Mais je ne compte plus sur les autres pour me voir. »