Un soir, au dîner, Inès, quinze ans, a fait une annonce à ses parents : « Plus tard, je veux être influenceuse. » Son père, professeur de mathématiques à Dijon, a failli s’étouffer avec sa soupe. Sa mère, infirmière, a simplement demandé : « Et ça consiste en quoi, exactement ? »
Inès avait préparé sa réponse. Depuis six mois, elle publie des vidéos de maquillage et de mode sur un réseau social. Elle a déjà trois mille abonnés. Elle explique qu’elle aime filmer, monter ses vidéos et trouver des idées. Elle cite des créatrices de contenu qui gagnent des milliers d’euros par mois grâce aux partenariats avec des marques. « Elles voyagent, elles reçoivent des cadeaux, et elles font ce qu’elles aiment. »
Ses parents étaient partagés. D’un côté, ils voyaient sa passion et ses compétences réelles. Inès apprend toute seule à utiliser des logiciels de montage et elle a beaucoup progressé en communication. De l’autre, ils s’inquiétaient. Seule une infime minorité d’influenceurs vit vraiment de son activité. Les revenus sont instables et dépendent des algorithmes. Et puis il y a les commentaires méchants, la pression de toujours publier et l’image parfaite qu’il faut montrer.
Au lieu d’interdire, ils ont proposé un accord. Inès peut continuer, à condition de garder de bons résultats scolaires et de ne pas publier plus de deux vidéos par semaine. Son compte doit rester sans informations personnelles, comme le nom de son lycée. Et ses parents ont accès aux messages privés jusqu’à ses seize ans, pour la protéger.
Ils l’ont aussi encouragée à réfléchir à des métiers proches : communication, marketing, audiovisuel. Inès a fait son stage de troisième dans une agence de communication. Elle a découvert que les professionnels font des études, analysent les chiffres et travaillent en équipe.
Aujourd’hui, Inès hésite encore. « Peut-être que je ferai une école de cinéma. Mais je garderai ma chaîne. » Son père, lui, a fini par apparaître dans une vidéo, où il explique des tours de magie mathématiques. C’est sa vidéo la plus vue.