Pendant deux ans, Sandrine, quarante-quatre ans, cadre dans une banque à Strasbourg, a très mal dormi. Elle s’endormait vers minuit, puis se réveillait à trois heures du matin, l’esprit plein de pensées : le travail, les factures, ses parents vieillissants. Impossible de se rendormir. Le matin, elle se levait épuisée, buvait quatre cafés pour tenir et s’endormait parfois en réunion.
Au début, elle a essayé des solutions trouvées sur Internet : tisanes, gouttes de lavande, application de méditation. Rien ne marchait vraiment. Son médecin lui a prescrit des somnifères, qui l’aidaient à dormir mais la laissaient dans le brouillard toute la matinée. Elle avait peur d’en devenir dépendante.
Finalement, son médecin l’a orientée vers une consultation du sommeil à l’hôpital. Pendant une nuit, on a enregistré son sommeil avec des capteurs. Aucune maladie grave n’a été trouvée. Le diagnostic : une insomnie chronique liée au stress et à de mauvaises habitudes. On lui a proposé une thérapie cognitive et comportementale, sur huit séances.
Les règles étaient parfois surprenantes. Elle devait se lever à la même heure tous les jours, même le week-end. Elle n’avait plus le droit de rester au lit éveillée plus de vingt minutes : si elle ne dormait pas, elle devait se lever et lire dans le salon avec une lumière faible. Le lit ne devait servir qu’à dormir, pas à regarder des séries ou consulter ses e-mails. Plus de café après midi, et plus d’écran une heure avant le coucher.
Les premières semaines ont été difficiles, car elle dormait encore moins. Mais peu à peu, son corps a retrouvé un rythme. Elle a aussi appris à noter ses soucis dans un carnet avant de se coucher, pour « les laisser sur la table ».
Aujourd’hui, Sandrine dort six heures et demie par nuit, sans médicaments. Ce n’est pas parfait, mais c’est une renaissance. « J’avais oublié ce que c’était, de se réveiller reposée. »