Il est sept heures du matin au centre de secours de Clermont-Ferrand. Mehdi, trente et un ans, sapeur-pompier professionnel, commence sa garde de vingt-quatre heures. Avant tout, il vérifie l’ambulance avec son équipier : l’oxygène, le défibrillateur, les attelles, les pansements. « Si quelque chose manque au moment d’une intervention, c’est trop tard », explique-t-il.
À huit heures douze, le premier appel arrive. Une femme âgée est tombée dans sa salle de bains et ne peut plus se relever. L’équipe arrive en neuf minutes. La dame a mal à la hanche, mais elle est consciente. Mehdi lui parle doucement pendant que son collègue l’installe sur un brancard. Ils l’emmènent aux urgences. « Souvent, les gens ont plus peur que mal. Rassurer fait partie du travail. »
La matinée continue : un malaise dans un supermarché, un enfant qui s’est coupé la main avec un couteau. Vers midi, l’équipe mange rapidement à la caserne, sans jamais être sûre de finir son assiette.
À quinze heures, l’appel le plus grave de la journée : un accident de moto sur une route de campagne. Le motard est inconscient. Pendant que le médecin du SAMU arrive en hélicoptère, Mehdi et son équipier font les gestes de premiers secours. Ils stabilisent la nuque du blessé et surveillent sa respiration. Le motard est transporté au CHU. « On ne sait jamais la suite. Parfois, on apprend des semaines plus tard qu’il s’en est sorti. Ce sont les meilleurs jours. »
Le métier est difficile physiquement et moralement. Mehdi a déjà été insulté et même agressé pendant une intervention. Certaines images restent dans sa tête longtemps. Heureusement, l’équipe se parle beaucoup, et un psychologue est disponible après les interventions difficiles.
Le lendemain matin, après une nuit interrompue trois fois, Mehdi rentre chez lui, épuisé. Il embrasse sa fille avant qu’elle parte à l’école. « Je ne changerais de métier pour rien. Chaque jour, on aide quelqu’un dans le pire moment de sa vie. »