Pendant douze ans, Élodie et Matthieu ont vécu dans un trois-pièces de cinquante-cinq mètres carrés dans le onzième arrondissement de Paris, avec leurs deux enfants. Elle est juriste, lui développeur informatique. Ils aimaient la vie parisienne, les cinémas, les restaurants. Mais le loyer prenait presque la moitié de leurs revenus, et les enfants partageaient une chambre minuscule. Pendant le confinement, enfermés à quatre, ils ont commencé à rêver d’un jardin.
Leur décision a été facilitée par le télétravail. Matthieu pouvait travailler entièrement à distance, et Élodie a négocié trois jours de télétravail par semaine. Ils ont cherché une maison à moins de deux heures de train de Paris et l’ont trouvée dans un village du Perche, en Normandie : cent quarante mètres carrés, un grand jardin et un verger, pour le prix d’un studio parisien.
Les premiers mois ont été une découverte. Les enfants couraient dehors après l’école, construisaient des cabanes et ont adopté deux poules. Le marché du samedi, les produits de la ferme voisine, le silence la nuit : tout semblait parfait. Les voisins les ont bien accueillis, même si certains les appelaient en riant « les Parisiens ».
Mais il y a eu aussi des difficultés. Sans voiture, impossible de vivre au village : ils ont dû en acheter une deuxième. Le médecin le plus proche est à vingt kilomètres, et il ne prend plus de nouveaux patients. Les deux jours où Élodie va à Paris, elle se lève à cinq heures et demie. Et l’hiver, la maison ancienne est difficile à chauffer. Élodie avoue aussi que ses amies lui manquent.
Trois ans après, ils ne regrettent pas leur choix. Matthieu a rejoint le conseil municipal, et Élodie a créé un ciné-club dans la salle des fêtes. « On a perdu en confort urbain, dit-elle, mais on a gagné en qualité de vie. Et nos enfants savent maintenant ce qu’est une vraie tomate. »