Dans le petit village de Saint-Martin-Vésubie, dans l’arrière-pays niçois, personne n’oubliera la nuit du 2 octobre. Depuis la veille, il pleuvait sans arrêt. Les autorités avaient lancé une alerte rouge, mais la plupart des habitants pensaient que ce serait un orage comme les autres. Vers dix-huit heures, la Vésubie, d’habitude une rivière calme, s’est transformée en un torrent de boue et de rochers. En quelques minutes, elle a débordé.
Gérard, soixante-dix ans, habitait une maison au bord de l’eau depuis sa naissance. « J’ai entendu un bruit énorme, comme un train. Je suis sorti sur le balcon et j’ai vu le pont emporté par l’eau. » Les pompiers sont arrivés en courant pour lui ordonner de partir immédiatement. Il a juste eu le temps de prendre ses médicaments et une photo de sa femme décédée. Une heure plus tard, la moitié de sa maison avait disparu.
Cette nuit-là, le village a été complètement coupé du monde. Les routes étaient détruites, l’électricité et le téléphone ne fonctionnaient plus. Les habitants se sont réfugiés dans la salle des fêtes et l’école, en haut du village. Ils ont partagé des couvertures, des bougies et ce qu’ils avaient à manger. Pendant plusieurs jours, les secours ont dû venir en hélicoptère pour apporter de l’eau potable et évacuer les blessés.
La solidarité a été immense. Des milliers de bénévoles sont venus de toute la région pour aider à déblayer la boue et les débris. Des dons sont arrivés de toute la France. Mais la reconstruction prendra des années. Plusieurs familles ont dû quitter définitivement le village, car leurs terrains sont désormais considérés comme trop dangereux.
Les scientifiques expliquent que ce type d’épisode méditerranéen devient plus fréquent et plus violent avec le réchauffement climatique. Gérard, lui, a été relogé dans un appartement à Nice. « Je ne reconstruirai pas au bord de l’eau, dit-il. Mais tous les dimanches, je remonte au village. C’est chez moi. »