Chaque année, au printemps, Karim reçoit une lettre de son propriétaire : la régularisation des charges. Karim loue un trois-pièces dans une résidence de Montpellier. Chaque mois, en plus de son loyer, il paie cent dix euros de provisions sur charges, qui couvrent l’eau, le chauffage collectif, l’entretien des parties communes, l’ascenseur et la taxe sur les ordures ménagères. Une fois par an, le propriétaire calcule les dépenses réelles et compare avec ce que le locataire a déjà payé.
Cette année, la mauvaise surprise est tombée : il devait payer un complément de six cent quarante euros. Karim n’en revenait pas. L’année précédente, il n’avait eu que quatre-vingts euros à ajouter. « Je n’avais pas utilisé plus d’eau, et j’avais même baissé le chauffage. »
Au lieu de payer tout de suite, il a décidé de vérifier. Une collègue lui a appris que les locataires avaient le droit de consulter les justificatifs des charges pendant six mois après l’envoi du décompte. Karim a donc écrit à l’agence immobilière qui gère l’appartement pour demander les factures.
Il a passé une matinée à l’agence avec un gros classeur. Ce qu’il a découvert l’a étonné. D’abord, le prix du chauffage avait fortement augmenté à cause de la hausse du gaz : cette partie-là était justifiée. Mais il a aussi remarqué plusieurs anomalies. On lui avait facturé une partie du salaire complet du gardien, alors que la loi ne permet de faire payer au locataire qu’une partie précise. Il y avait aussi des travaux de rénovation de la façade, qui sont à la charge du propriétaire et non du locataire. Enfin, une facture de réparation de l’ascenseur avait été comptée deux fois.
Karim a envoyé une lettre recommandée à l’agence en expliquant point par point ses contestations, avec les références de la loi. Il s’était fait aider par une association de défense des locataires, qui lui avait fourni un modèle de lettre.
Un mois plus tard, l’agence a reconnu ses erreurs. Le complément a été ramené à deux cent dix euros, qu’il a accepté de payer en trois fois. Karim a aussi partagé ses découvertes avec ses voisins, qui ont tous demandé une correction. « Je n’aurais jamais pensé lire des factures d’ascenseur un samedi matin, rit-il. Mais ça m’a fait économiser plus de quatre cents euros. »