Chaque mardi et chaque jeudi, à huit heures et demie, Bernadette, soixante-six ans, ancienne secrétaire médicale, ouvre la porte du centre des Restos du Cœur de son quartier, à Saint-Étienne. Depuis trois ans, elle y est bénévole. « Quand j’ai pris ma retraite, je me suis demandé à quoi j’allais servir. J’avais du temps, une bonne santé et je voulais aider. »
Les Restos du Cœur ont été créés en 1985 par l’humoriste Coluche. Au départ, il s’agissait d’une action temporaire pour distribuer des repas pendant l’hiver. Mais la pauvreté n’a pas disparu, et l’association existe toujours. Aujourd’hui, elle aide plus d’un million de personnes en France grâce à environ soixante-dix mille bénévoles.
Le matin, Bernadette et son équipe reçoivent les livraisons : des pâtes, du riz, des conserves, du lait, mais aussi des produits frais donnés par les supermarchés. Il faut trier, vérifier les dates de péremption et ranger sur les étagères. À partir de quatorze heures, les personnes inscrites arrivent. Chacune reçoit des produits selon la taille de sa famille. Il ne s’agit pas seulement de donner : les bénévoles essaient de respecter le choix de chacun, comme dans une petite épicerie.
Ce qui a le plus frappé Bernadette, c’est la diversité des personnes aidées. Il y a des retraités dont la pension est trop faible, des mères seules, des étudiants, des personnes sans domicile, mais aussi des travailleurs. « La semaine dernière, un homme est venu en tenue de travail. Il est chauffeur-livreur. Avec son salaire, il paie son loyer, et après, il ne reste presque rien pour manger. » Depuis quelques années, la hausse des prix a fait augmenter le nombre de bénéficiaires.
Le centre ne distribue pas seulement de la nourriture. Il propose aussi une aide pour remplir des papiers administratifs, des cours de français et un coin où les enfants peuvent jouer. Pour Bernadette, le plus important, c’est l’accueil. « Les gens ont souvent honte de venir. Un sourire, un café, quelques mots, ça compte autant que le paquet de pâtes. »
Parfois, c’est difficile émotionnellement. Mais elle n’arrêterait pour rien au monde. « J’ai l’impression d’être utile. Et j’ai rencontré des gens formidables, des deux côtés de la table. »