Depuis neuf ans, Aurélie est infirmière en réanimation au CHU de Lille. Elle aime son métier plus que tout. « En réanimation, on s’occupe des patients les plus graves. Chaque jour, on se bat pour une vie. » Mais depuis quelque temps, elle se pose une question qui l’empêche de dormir : continuer à temps plein ou passer à quatre-vingts pour cent ?
Son rythme de travail est très lourd. Elle fait des gardes de douze heures, de jour comme de nuit, et travaille un week-end sur deux. Depuis la crise sanitaire, il manque des infirmières dans tout l’hôpital. On l’appelle souvent sur ses jours de repos pour remplacer une collègue malade. Elle a du mal à dire non, parce qu’elle sait que sinon, ses collègues seront seules face à des patients en danger.
Les conséquences se font sentir. Aurélie dort mal, elle a souvent mal au dos à force de soulever des patients, et elle se sent épuisée. Le mois dernier, elle s’est mise à pleurer sans raison dans sa voiture, sur le parking de l’hôpital. Son médecin lui a parlé de risque d’épuisement professionnel. Elle a aussi deux enfants de six et neuf ans, qu’elle voit trop peu.
Passer à temps partiel aurait des avantages évidents. Elle travaillerait quatre jours de moins par mois, aurait plus de temps pour se reposer et pour sa famille, et pourrait reprendre la natation, qu’elle a abandonnée. Mais il y a aussi des inconvénients. Son salaire baisserait d’environ trois cents euros par mois, ce qui compterait pour le budget familial. Sa future retraite serait un peu plus faible. Et elle culpabilise : « Si je réduis mon temps, ce sont mes collègues qui vont en souffrir. »
Elle en a parlé avec sa cadre de santé, qui l’a beaucoup surprise. « Je préfère une infirmière à quatre-vingts pour cent en bonne santé qu’une infirmière à cent pour cent en arrêt maladie dans six mois. » Elle lui a aussi rappelé que d’autres collègues avaient fait ce choix sans que le service s’effondre.
Après en avoir discuté avec son mari, Aurélie a pris sa décision : elle passera à quatre-vingts pour cent en janvier, pour un an, avant de faire le point. « Je ne veux pas quitter ce métier. Justement, c’est pour pouvoir continuer longtemps que je dois ralentir. »