Quand leur fille Alice est née, en mars, Thomas et Julie avaient déjà pris leur décision. Julie, cheffe de projet dans une entreprise de logiciels à Nantes, reprendrait le travail après son congé maternité. Thomas, technicien à la SNCF, prendrait un congé parental de dix mois pour s’occuper du bébé. « On gagne à peu près la même chose, mais Julie venait d’avoir une promotion qu’elle ne voulait pas perdre. Pour moi, c’était une évidence », explique-t-il.
Cette décision a surpris leur entourage. En France, la grande majorité des congés parentaux sont encore pris par les mères. Au travail, certains collègues de Thomas ont fait des blagues : « Alors, tu vas changer des couches au lieu de réparer des trains ? » Son chef, lui, a eu du mal à accepter. Il lui a fait comprendre que cela pourrait freiner sa carrière. La mère de Thomas s’inquiétait aussi : « Tu vas t’ennuyer, et vous allez perdre de l’argent. »
Sur le plan financier, c’est vrai que le congé parental coûte cher. Thomas ne touche plus son salaire, seulement une allocation de la CAF, d’environ quatre cents euros par mois. Le couple a dû réduire ses dépenses : moins de restaurants, pas de grandes vacances cette année, et la voiture neuve attendra.
Les premières semaines ont été épuisantes. Alice se réveillait toutes les trois heures, et Thomas découvrait qu’une journée avec un bébé ne laisse presque pas de temps libre. Il se sentait parfois seul. Au parc ou à la crèche, il était souvent le seul homme parmi les mamans. « Au début, elles me regardaient comme un extraterrestre. Puis elles m’ont invité à leurs cafés du mardi. »
Peu à peu, Thomas a trouvé son rythme. Il a appris à cuisiner des purées, à reconnaître les pleurs de faim et de fatigue, à faire la sieste quand Alice dormait. Il a vu ses premiers sourires, ses premiers pas, entendu son premier « papa ». « Ces moments-là, je ne les aurais jamais vécus en travaillant. »
Aujourd’hui, Thomas a repris le travail, et Alice va à la crèche. Leur couple en est sorti plus solide. « Julie et moi, on partage tout à égalité, maintenant. Je sais ce que c’est, une journée avec un bébé. » Et ses collègues ? Deux d’entre eux ont demandé des informations sur le congé parental.