Mei, vingt ans, est arrivée de Shanghai à Grenoble en septembre pour un master en chimie. Très vite, elle a remarqué que tous ses camarades venaient à l’université à vélo. Le campus est grand, à plusieurs kilomètres du centre, et la ville compte des centaines de kilomètres de pistes cyclables. Il y avait juste un problème : Mei ne savait pas vraiment faire du vélo. Elle avait essayé une fois, à huit ans, était tombée et n’avait plus jamais recommencé.
Pendant deux mois, elle a pris le tram, en se sentant un peu ridicule. Puis une camarade française, Pauline, a découvert son secret. Au lieu de se moquer, elle lui a parlé d’une association, la Maison du vélo, qui organise des cours pour adultes. « Tu n’es pas la seule, il y a des gens de cinquante ans qui viennent apprendre. »
Le premier cours a eu lieu sur un parking vide, un samedi matin. Le moniteur, Gilles, a commencé de façon surprenante : il a enlevé les pédales des vélos. « D’abord, vous allez apprendre l’équilibre, comme les enfants sur une draisienne. » Pendant une heure, Mei a avancé en poussant avec ses pieds, puis en levant les jambes de plus en plus longtemps. À la fin de la matinée, elle tenait en équilibre pendant plusieurs mètres.
Au deuxième cours, Gilles a remis les pédales. Au troisième, elle faisait le tour du parking. Ensuite, il a fallu apprendre à rouler en ville : tendre le bras pour tourner, respecter les feux, regarder derrière soi, faire attention aux portières des voitures garées. Le moniteur insistait beaucoup sur la sécurité : casque, lumières et gilet réfléchissant la nuit.
Après six cours, Mei a acheté un vélo d’occasion à l’atelier de l’association, pour quatre-vingts euros. Le premier jour où elle est allée à l’université à vélo, avec Pauline, elle a mis vingt minutes au lieu de quarante en tram. Elle a eu peur à un rond-point, mais elle a réussi.
Aujourd’hui, Mei fait du vélo tous les jours, même sous la pluie. Le week-end, elle explore les petites routes autour de la ville. « En Chine, j’avais honte de ne pas savoir. Ici, j’ai compris qu’on peut apprendre à tout âge. Et je me sens enfin libre. »