Dans la grande maison de la famille Ramos, près de Perpignan, vivent sept personnes et trois générations. Il y a Rosa, quatre-vingt-un ans, la grand-mère. Il y a sa fille, Carmen, son gendre, Olivier, et leurs trois enfants, de neuf à dix-sept ans. Et depuis l’an dernier, il y a aussi Lucas, le fils aîné de Carmen, vingt-quatre ans, revenu vivre chez ses parents après ses études.
Cette organisation n’était pas prévue. Il y a quatre ans, Rosa est devenue veuve. Elle vivait seule dans un appartement au troisième étage sans ascenseur, et elle avait de plus en plus de mal à monter les escaliers. Carmen ne voulait pas la mettre en maison de retraite. « Chez nous, en Espagne, les grands-parents vivent souvent avec la famille. C’était naturel pour moi. » La famille a donc vendu l’appartement de Rosa et a transformé le garage en petit studio, avec une salle de bains adaptée.
Quant à Lucas, il est revenu pour des raisons financières. Avec son premier salaire d’ingénieur débutant, il ne pouvait pas payer un loyer et économiser en même temps. Il compte rester encore un an, le temps de mettre de côté assez d’argent pour acheter un appartement.
La cohabitation a beaucoup d’avantages. Rosa garde les plus jeunes après l’école et leur prépare son célèbre riz à l’espagnole. En échange, ses petits-enfants l’aident avec son téléphone et lui apprennent à faire des appels vidéo avec sa sœur en Catalogne. Lucas participe aux dépenses de la maison et fait les courses le samedi. Les repas du soir, à sept autour de la table, sont souvent bruyants mais joyeux.
Mais il y a aussi des tensions. Le matin, il n’y a qu’une seule grande salle de bains pour six personnes, et il faut un planning. Rosa trouve que ses petits-enfants passent trop de temps devant les écrans, et elle le dit. Olivier avoue qu’il manque parfois d’intimité avec sa femme. « Il nous arrive de partir un week-end tous les deux, juste pour respirer. »
Malgré tout, aucun d’entre eux ne regrette. « Mes enfants connaissent vraiment leur grand-mère, dit Carmen. Ils entendent ses histoires, ils apprennent l’espagnol avec elle. Ça, ça n’a pas de prix. »