Il y a cinq ans, à l’angle de la rue Paul-Bert et de la rue Garibaldi, à Lyon, il y avait un petit parking de vingt places, en béton gris. L’été, la chaleur y était étouffante. Aujourd’hui, à la même place, on trouve des carrés de légumes, des arbres fruitiers, une mare et des bancs à l’ombre. C’est le jardin partagé « Les Pieds dans le béton ».
L’idée vient d’un groupe d’habitants du quartier, menés par Mireille, une professeure de biologie à la retraite. Pendant la canicule de 2019, elle a mesuré la température au sol du parking : cinquante-deux degrés. « J’ai pensé : on ne peut pas continuer comme ça. Il nous faut de la verdure. » Avec ses voisins, elle a écrit à la mairie et lancé une pétition, signée par plus de mille personnes.
Le projet n’a pas fait l’unanimité. Certains commerçants et habitants s’inquiétaient de perdre des places de stationnement, déjà rares dans le quartier. Il y a eu des réunions tendues. La mairie a finalement accepté, dans le cadre d’un plan de « végétalisation » de la ville, en échange de l’ouverture de places supplémentaires dans un parking souterrain voisin.
Les travaux ont pris un an. Des services municipaux ont retiré le béton et apporté de la terre. Ensuite, les habitants ont tout aménagé eux-mêmes, pendant des week-ends de chantier participatif. Aujourd’hui, l’association compte quatre-vingts membres. Chaque famille peut cultiver une petite parcelle, mais une grande partie du jardin est commune. On y fait pousser des tomates, des courgettes, des herbes aromatiques et des fleurs pour les abeilles.
Le jardin a changé la vie du quartier. Les écoles voisines y viennent pour des ateliers sur la nature. Des personnes âgées, souvent isolées, y passent leurs après-midi. Les jardiniers organisent un repas partagé chaque mois. Et les mesures de Mireille montrent que la température, en été, a baissé de plusieurs degrés autour du jardin.
Même les anciens opposants ont changé d’avis. Le patron du café d’en face, qui avait signé une pétition contre le projet, fait maintenant ses salades avec la roquette du jardin. « J’avais tort, avoue-t-il. Ça a rendu la rue vivante. »