Tout a commencé par une dispute entre colocataires. En 2020, Inès et Karim, deux étudiants en ingénierie à Toulouse, partageaient un appartement avec trois amis. Chaque mois, c’était le même problème : qui avait payé quoi ? Les courses, l’électricité, Internet, le papier toilette... Les tickets se perdaient, les calculs étaient faux, et les tensions montaient. « Un soir, on s’est disputés pour un paquet de pâtes à deux euros, raconte Inès. On s’est dit qu’il fallait trouver une solution. »
Ce soir-là, ils ont imaginé une application très simple : chaque colocataire prend en photo son ticket de caisse, l’application lit le montant automatiquement et calcule qui doit combien à qui. À la fin du mois, un seul virement suffit. Ils ont commencé à la programmer le week-end, dans le garage des parents de Karim, à Colomiers, entre une vieille voiture et des cartons.
Les débuts ont été modestes. Pendant un an, l’application n’était utilisée que par une centaine d’étudiants, surtout leurs amis. Mais Inès et Karim écoutaient attentivement les remarques des utilisateurs et amélioraient l’application chaque semaine. Puis une vidéo d’un influenceur étudiant l’a fait connaître : en un mois, ils sont passés à vingt mille utilisateurs.
Il a fallu prendre une décision difficile. Continuer leurs études ou se lancer à fond ? Après de longues discussions avec leurs familles, ils ont choisi de terminer leur diplôme tout en développant l’entreprise. Ils ont participé à un incubateur de start-up, qui les a aidés à rédiger un business plan et à trouver des investisseurs. Une banque publique leur a accordé un prêt d’honneur de quarante mille euros.
Aujourd’hui, la start-up compte douze salariés et l’application est utilisée par plus de cinq cent mille personnes en France, en Belgique et en Espagne. Elle reste gratuite pour les colocataires ; l’entreprise gagne de l’argent grâce à une version payante pour les associations et les petites entreprises.
Le garage de Colomiers, lui, a retrouvé sa vieille voiture. « On a gardé une photo de nos deux ordinateurs posés sur un carton, dit Karim. Elle est accrochée dans nos nouveaux bureaux. Pour se rappeler d’où on vient. »