En 2015, Yasmin a fui la guerre en Syrie avec son mari et leur fille de trois ans. Après un long voyage par la Turquie et la Grèce, ils sont arrivés en France, où ils ont demandé l’asile. Ils ont vécu plusieurs mois dans un centre d’accueil près de Besançon, en attendant la décision de l’OFPRA, l’office qui examine les demandes. Un jour, enfin, une lettre est arrivée : ils obtenaient le statut de réfugié. « J’ai pleuré toute la journée. Pour la première fois depuis des années, je me sentais en sécurité. »
Les années suivantes ont été consacrées à reconstruire leur vie. Yasmin, qui était professeure de mathématiques à Alep, a dû tout recommencer. Elle a suivi des cours de français intensifs, puis elle a trouvé un emploi d’aide-éducatrice dans un collège. Son mari, ancien pharmacien, a repris des études pour faire reconnaître son diplôme.
Après huit ans en France, Yasmin a décidé de demander la nationalité française. La démarche est longue et exigeante. Elle a dû constituer un dossier très complet, déposé en ligne : actes de naissance traduits, justificatifs de revenus, avis d’imposition, preuves de résidence. Elle a aussi dû prouver un bon niveau de français, avec un diplôme de niveau B1, qu’elle a obtenu facilement.
L’étape la plus stressante a été l’entretien d’assimilation à la préfecture. Pendant une heure, un agent lui a posé des questions sur son parcours, sur sa vie en France, mais aussi sur l’histoire, la culture et les valeurs de la République. Que signifie la laïcité ? Qui était Victor Hugo ? Quelle est la devise de la France ? Yasmin avait révisé pendant des semaines avec un livret officiel. « J’étais aussi nerveuse que pour un examen à l’université. »
Dix-huit mois plus tard, elle a reçu une lettre l’informant que sa demande était acceptée. Elle a été invitée à une cérémonie d’accueil dans la nationalité française, à la préfecture. On leur a remis leur décret de naturalisation et un exemplaire de la Charte des droits et devoirs du citoyen. Tout le monde a chanté La Marseillaise.
« Je reste syrienne dans mon cœur, dit Yasmin. Mais la France m’a donné une deuxième chance. Maintenant, je peux voter, et je n’y manquerai jamais. »