Jamais la salle des fêtes de Saint-Martin-des-Champs, petit village de la Somme, n’avait accueilli autant de monde. Mardi soir, plus de deux cents personnes s’étaient déplacées pour la réunion publique sur le projet de parc éolien. Une entreprise d’énergie veut installer six éoliennes de cent cinquante mètres de haut sur les terres agricoles, à huit cents mètres des premières maisons. Il manquait des chaises, et beaucoup sont restés debout au fond.
Le représentant de l’entreprise a commencé par une présentation. Selon lui, le parc produirait assez d’électricité pour vingt mille foyers, et la commune recevrait environ soixante mille euros de taxes par an. « Cet argent pourrait financer la rénovation de l’école ou un nouveau terrain de sport. » Il a aussi rappelé que la France devait développer les énergies renouvelables pour lutter contre le changement climatique.
Très vite, l’ambiance s’est tendue. Un habitant s’est levé et a crié : « Et nos maisons, elles vont perdre combien de valeur ? Personne ne voudra acheter avec une éolienne devant la fenêtre ! » Des applaudissements ont éclaté. Une femme a parlé du bruit des pales et des lumières rouges qui clignotent toute la nuit. Un apiculteur s’est inquiété pour les oiseaux et les chauves-souris. Le ton est monté à plusieurs reprises, et le maire a dû demander le calme.
Mais tout le monde n’était pas contre. Un jeune agriculteur, propriétaire d’une partie des terrains, a expliqué que la location de ses champs lui permettrait de sauver son exploitation, en difficulté depuis plusieurs années. Une professeure des sciences a rappelé que l’électricité devait bien venir de quelque part. « On veut tous de l’électricité, mais personne ne veut de centrale près de chez soi. » Quelques jeunes du village l’ont soutenue.
Après trois heures de débat, le maire a pris la parole. Il a annoncé que la décision finale appartenait au préfet, après une enquête publique. Chaque habitant pourrait donner son avis par écrit pendant un mois. Il a aussi proposé un référendum local consultatif, pour connaître l’opinion du village.
En sortant, dans la nuit froide, les discussions continuaient sur le parking. Deux voisins, qui ne se parlaient plus depuis la réunion, se sont serré la main avant de remonter en voiture. Au moins, ils étaient d’accord sur un point : il fallait voter.