Chez les Lefèvre, à Tours, le dîner du dimanche s’est terminé en dispute. Tout a commencé quand Lucas, quatorze ans, a sorti son téléphone sous la table pour répondre à un message. Son père, Stéphane, a explosé : « Ça suffit ! Tu passes ta vie sur cet écran ! » Lucas a répliqué que son père regardait ses e-mails professionnels pendant le repas tous les soirs. Sa sœur Emma, dix ans, a demandé pourquoi elle n’avait toujours pas de téléphone alors que « toutes ses copines en ont un ». La mère, Karine, a soupiré.
Le lendemain, Karine a regardé les statistiques d’utilisation sur le téléphone de son fils. Le résultat l’a choquée : six heures par jour en moyenne, dont quatre sur les réseaux sociaux et les vidéos courtes. Lucas se couchait souvent après minuit, et ses notes avaient baissé. Mais en regardant son propre téléphone, Karine a eu une autre surprise : trois heures et demie par jour. Stéphane, lui, n’a pas voulu regarder le sien.
Le mercredi soir, Karine a organisé un « conseil de famille ». Chacun pouvait parler sans être interrompu. Lucas a expliqué que son téléphone n’était pas seulement un jeu : c’était là qu’il parlait avec ses amis, qu’il organisait ses sorties, et même qu’il regardait des tutoriels de guitare. « Si je n’y suis pas, je suis exclu. » Stéphane a reconnu qu’il avait du mal à déconnecter du travail. Emma, elle, a surtout répété qu’elle voulait un téléphone.
Après une heure de discussion, ils ont établi des règles communes, écrites sur une feuille collée sur le frigo. Pas de téléphone à table, pour personne, parents compris. Tous les écrans sont déposés dans une boîte dans l’entrée à vingt-deux heures. Le samedi après-midi est une « zone sans écran » pour une activité en famille. En échange, Lucas peut utiliser son téléphone librement le reste du temps, s’il a fini ses devoirs. Quant à Emma, elle aura un téléphone simple, sans Internet, à son entrée au collège.
Un mois plus tard, le bilan est mitigé, mais positif. Lucas triche parfois, et Stéphane a été pris en flagrant délit deux fois. Mais les dîners sont plus calmes, Lucas dort mieux, et le samedi, ils ont redécouvert les jeux de société. Emma, elle, compte les jours avant le collège.