À vingt ans, après une première année d’université à Bogotá, Valentina ne savait pas encore ce qu’elle voulait faire de sa vie. Elle savait seulement qu’elle voulait parler français couramment et découvrir l’Europe. Une amie lui a parlé du programme au pair : on vit dans une famille d’accueil à l’étranger, on s’occupe des enfants environ trente heures par semaine, et en échange, on est nourri, logé et on reçoit un peu d’argent de poche. On peut aussi suivre des cours de langue.
Après plusieurs entretiens en visio, elle a choisi la famille Moreau, qui habitait à Versailles, avec trois enfants de quatre, sept et dix ans. Les parents, tous les deux avocats, travaillaient beaucoup. Valentina a obtenu un visa spécial pour les jeunes au pair et elle est arrivée en septembre.
Les débuts ont été difficiles. Elle avait étudié le français pendant deux ans, mais elle ne comprenait presque rien aux conversations rapides de la famille. Les enfants se moquaient de son accent. Le plus jeune, Léon, pleurait chaque matin quand sa mère partait, et il refusait d’écouter Valentina. Le soir, seule dans sa petite chambre sous les toits, elle appelait sa mère en pleurant. Elle a même pensé à rentrer en Colombie.
Puis, peu à peu, les choses ont changé. Valentina a appris à Léon des chansons colombiennes, et il a fini par l’adorer. Elle aidait la grande, Margaux, à faire ses devoirs de français, ce qui l’obligeait à progresser elle aussi. Elle suivait des cours de français à l’Alliance française deux matins par semaine, où elle s’est fait des amis du monde entier. Le week-end, elle visitait Paris, les châteaux de la Loire et même la Normandie.
Tout n’était pas rose. Parfois, la famille lui demandait de travailler plus que prévu, et elle n’osait pas refuser. Une fois, elle a dû garder les enfants un samedi soir alors qu’elle avait prévu de sortir. Mais elle a appris à poser ses limites, poliment.
Après un an, son français était presque parfait. Le jour de son départ, toute la famille l’a accompagnée à l’aéroport. Léon s’accrochait à sa jambe. Aujourd’hui, Valentina étudie les langues à Lyon, et elle passe encore le dimanche chez les Moreau une fois par mois.