Chaque soir, vers dix-neuf heures, Maxime Leroy, boulanger à Amiens, se posait la même question : que faire des invendus ? Malgré ses efforts pour prévoir la demande, il restait souvent des baguettes, des croissants et quelques gâteaux. Le lendemain, ils n’étaient plus assez frais pour être vendus. Pendant des années, il en donnait une partie à une association et jetait le reste. « Jeter du pain, pour un boulanger, c’est un crève-cœur. »
Il y a trois ans, sa fille lui a parlé d’une application anti-gaspillage. Le principe est simple : les commerçants proposent des « paniers surprise » avec leurs invendus du jour, à un tiers du prix normal. Les clients réservent sur leur téléphone, puis viennent récupérer leur panier à une heure précise, juste avant la fermeture. Ils ne savent pas exactement ce qu’il y aura dedans. Maxime était sceptique : « Qui va venir chercher du pain de la veille ? »
Il a quand même essayé, avec cinq paniers par soir, à quatre euros. Le premier soir, les cinq paniers ont été réservés en dix minutes. Au bout d’un mois, il en proposait quinze. Ses clients sont très variés : des étudiants qui ont un petit budget, des familles nombreuses, des retraités, mais aussi des gens qui veulent simplement agir contre le gaspillage. « Certains viennent pour la surprise, comme un jeu. »
Pour Maxime, les avantages sont nombreux. Il gaspille presque plus rien, et ces ventes lui rapportent un peu d’argent, même si la marge est faible. Surtout, l’application lui a apporté de nouveaux clients. « Beaucoup découvrent la boulangerie grâce aux paniers, et ensuite, ils reviennent acheter leur pain normalement. »
Le phénomène dépasse sa boulangerie. Depuis 2016, en France, une loi interdit aux grandes surfaces de jeter de la nourriture encore consommable : elles doivent la donner à des associations. Les applications anti-gaspillage se sont multipliées, et des millions de repas sont ainsi sauvés chaque année.
Toutefois, certains spécialistes rappellent que la meilleure solution reste de produire moins. Maxime le sait. Il a commencé à noter précisément ses ventes jour par jour, pour mieux prévoir. Mais il garde ses paniers du soir. « C’est devenu un moment sympa. Les gens discutent dans la boutique en attendant. On jette moins, et on se parle plus. »