Il y a deux ans, Philippe, cinquante-cinq ans, comptable à Clermont-Ferrand, a reçu un appel des pompiers. Sa mère, Jeanne, quatre-vingt-quatre ans, était tombée dans sa cuisine et était restée par terre pendant plusieurs heures avant qu’une voisine l’entende appeler. Elle s’était cassé le col du fémur. Après l’opération et un mois de rééducation, une question s’est posée : pouvait-elle encore vivre seule dans sa maison de village, à quarante kilomètres ?
Jeanne a refusé catégoriquement d’aller en maison de retraite. « J’ai vécu soixante ans dans cette maison, je veux y mourir. » Philippe, fils unique, ne voulait pas la forcer. Il a donc décidé de s’organiser pour qu’elle reste chez elle, ce qu’on appelle le maintien à domicile.
Il a d’abord demandé l’APA, l’allocation personnalisée d’autonomie, une aide financière du département pour les personnes âgées dépendantes. Une assistante sociale est venue évaluer les besoins de Jeanne. Grâce à cette aide, une auxiliaire de vie vient maintenant tous les matins pour l’aider à se laver et à s’habiller. Philippe a aussi fait installer une barre dans la douche, un lit médicalisé et une téléassistance : un bracelet avec un bouton à presser en cas de chute.
Mais l’essentiel repose quand même sur lui. Tous les mercredis soir et le week-end, il fait la route pour aller la voir. Il a réduit son temps de travail à quatre jours par semaine. « Je suis ce qu’on appelle un aidant, explique-t-il. Il y en a des millions en France, et on n’en parle pas assez. »
La situation est lourde. Philippe dort mal, il a moins de temps pour sa femme et ses amis, et il culpabilise souvent de ne pas en faire assez. Il y a quelques mois, son médecin lui a conseillé de faire attention à son propre épuisement. Il a découvert une plateforme de répit, qui permet de faire garder sa mère quelques jours pour prendre des vacances, et un groupe de parole pour les aidants. « Parler avec des gens qui vivent la même chose, ça m’a fait un bien fou. »
Malgré la fatigue, Philippe ne regrette pas son choix. « Ma mère s’est occupée de moi pendant vingt ans. C’est normal que je fasse ma part. Et puis, chaque dimanche, on joue aux cartes, et elle me bat toujours. »