En juin, Mathis, dix-sept ans, a obtenu son bac professionnel en électricité dans un lycée de Lens. Il ne voulait pas arrêter les études, mais il ne voulait pas non plus rester assis en classe toute la journée. Son projet : préparer un BTS en alternance. Pendant deux ans, il passerait une semaine au centre de formation et deux semaines en entreprise, avec un vrai contrat de travail et un salaire.
Il s’était inscrit sur Parcoursup dès janvier et avait été accepté dans un CFA, un centre de formation d’apprentis, à condition de trouver une entreprise avant septembre. Sans contrat, pas de formation. « C’était un peu comme chercher un emploi à dix-sept ans, sans aucune expérience », raconte-t-il.
Au début, il a envoyé des candidatures en ligne, en copiant la même lettre de motivation. Résultat : quinze envois, zéro réponse. Sa professeure principale lui a donné un conseil : « Personnalise chaque lettre, et surtout, va voir les entreprises en personne. » Mathis a donc imprimé une vingtaine de CV, a mis une chemise et est allé frapper à la porte des entreprises d’électricité de la région.
Ce n’était pas facile. Il était timide, et plusieurs fois, on lui a répondu sèchement qu’on ne prenait pas d’apprentis. Une entreprise lui a dit qu’elle avait déjà quelqu’un. Mais il a aussi fait de bonnes rencontres. Le patron d’une petite entreprise lui a expliqué que les aides de l’État pour embaucher un apprenti rendaient l’alternance intéressante pour les employeurs. Il n’avait pas de place cette année, mais il lui a donné le nom d’un collègue.
C’est grâce à ce contact qu’il a été reçu par Monsieur Duhamel, artisan électricien à Liévin, qui cherchait justement un apprenti. L’entretien a duré une heure. Monsieur Duhamel lui a posé des questions techniques, mais il s’intéressait surtout à sa motivation et à sa ponctualité. « Je préfère un jeune motivé qui arrive à l’heure à un génie qui ne se lève pas le matin. »
Fin juillet, Mathis a signé son contrat d’apprentissage. Il gagne un peu plus de huit cents euros par mois la première année. Sa mère a ouvert une bouteille de champagne. « Ce que j’ai appris, dit Mathis, c’est qu’il ne faut pas se décourager. Vingt « non » et un seul « oui », ça suffit. »