En janvier, Léa, professeure des écoles à Rennes, a pris une résolution un peu folle : pendant un mois entier, elle n’achèterait plus aucun produit emballé dans du plastique. Elle l’a annoncé à sa classe de CM1, qui travaillait justement sur la pollution des océans. Ses élèves l’ont mise au défi : « Vous allez craquer avant la fin de la semaine ! »
Le premier samedi, Léa est allée au supermarché comme d’habitude. Elle a vite compris l’ampleur du problème. Presque tout était en plastique : les fruits et légumes en barquette, le fromage râpé, les pâtes, le riz, les biscuits, même les concombres, individuellement emballés. Elle est ressortie avec seulement un pot de confiture en verre et un paquet de sucre en carton.
Elle a donc dû changer complètement ses habitudes. Elle s’est inscrite à une AMAP, une association qui permet de recevoir chaque semaine un panier de légumes de saison d’un producteur local. Elle a découvert une épicerie en vrac, à quinze minutes de chez elle, où l’on vient avec ses propres bocaux pour acheter des pâtes, des lentilles, de la farine ou de l’huile au poids. Chez le boucher et le fromager du marché, elle a appris à tendre ses boîtes en métal en disant : « Pouvez-vous mettre ça directement dedans ? » La plupart ont accepté avec le sourire. Un seul a refusé, pour des raisons d’hygiène.
La salle de bains a été un autre défi. Léa a remplacé son gel douche par un savon solide, son shampoing en bouteille par un shampoing en pain et sa brosse à dents en plastique par une brosse en bambou. Elle a même essayé de fabriquer sa propre lessive, avec moins de succès : ses vêtements sentaient bizarre.
À la fin du mois, elle avait rempli seulement un petit sac de déchets plastiques, contre quatre ou cinq grands sacs habituellement. Mais elle reconnaît les limites de l’expérience. « Ça prend beaucoup plus de temps, et le vrac n’est pas toujours moins cher. Tout le monde n’a pas une épicerie de ce genre près de chez soi. »
Aujourd’hui, Léa n’est plus aussi stricte, mais elle a gardé la plupart des nouvelles habitudes. Et ses élèves ? Ils ont perdu leur pari. Pour la récompenser, ils ont organisé un ramassage de déchets dans le parc de l’école.