Pendant huit ans, Clara et Romain ont vécu dans un appartement de soixante-dix mètres carrés en plein centre de Lyon. Ils payaient mille trois cents euros de loyer, travaillaient tous les deux à temps plein et avaient l’impression de courir sans arrêt. « On travaillait pour payer un logement où on n’était presque jamais », résume Romain, menuisier.
L’idée de la tiny house est venue après un documentaire vu un dimanche soir. Une tiny house, c’est une petite maison en bois, souvent construite sur une remorque, d’environ vingt mètres carrés. Elle coûte entre quarante et quatre-vingt mille euros, beaucoup moins qu’un appartement. Clara, d’abord sceptique, s’est laissé convaincre peu à peu. « Je me demandais où j’allais mettre mes livres et mes vêtements ! »
Le projet a pris deux ans. Romain a construit la maison lui-même, avec l’aide d’amis, pendant les week-ends. Le plus difficile n’a pas été la construction, mais de trouver un terrain. En France, on ne peut pas installer une tiny house n’importe où. Il faut l’accord de la mairie, et beaucoup de communes refusent. Finalement, un agriculteur de l’Ain, près de Bourg-en-Bresse, a accepté de leur louer un coin de son terrain pour cent cinquante euros par mois.
Avant de déménager, ils ont dû faire un tri radical. Ils ont vendu ou donné les trois quarts de leurs affaires : la moitié des vêtements, la grande table, le canapé, des centaines de livres. « Ça a été douloureux, mais aussi libérateur », dit Clara. Aujourd’hui, la maison comprend une cuisine, une salle d’eau avec des toilettes sèches, un petit salon et une mezzanine pour dormir. Des panneaux solaires fournissent une partie de l’électricité.
Leur vie a beaucoup changé. Clara, graphiste, travaille désormais en freelance, à quatre-vingts pour cent. Ils dépensent beaucoup moins et ont plus de temps libre. Ils ont un potager et des poules. Mais tout n’est pas idyllique : l’hiver, la maison est vite froide, et à deux dans vingt mètres carrés, il faut savoir se supporter. « Quand on se dispute, il n’y a pas de porte à claquer », rit Romain.
Regrettent-ils leur ancienne vie ? « Parfois, je rêve d’une grande baignoire, avoue Clara. Mais je ne voudrais pas revenir en arrière. »