La résidence des Tilleuls, à Villeurbanne, compte cent vingt logements sociaux répartis dans trois bâtiments. Pendant des années, ses habitants se croisaient dans l’ascenseur sans vraiment se parler. « On ne connaissait même pas le prénom de nos voisins de palier », raconte Fatou, quarante ans, qui y habite depuis 2015.
Tout a changé il y a deux ans, quand un jeune habitant, Lucas, a proposé d’utiliser une application de voisinage. Le principe est simple : seuls les résidents peuvent s’inscrire, après vérification de leur adresse. Ils peuvent ensuite publier des messages, prêter ou donner des objets, demander un service ou organiser des événements. Lucas a affiché une petite annonce dans chaque hall. En un mois, soixante foyers s’étaient inscrits.
Au début, les messages étaient surtout pratiques. « Quelqu’un aurait-il une perceuse à me prêter ? » « J’ai trop de courgettes de mon jardin, qui en veut ? » « Mon chat s’est échappé, il est gris avec une tache blanche. » Puis l’entraide s’est développée. Des étudiants ont proposé des cours de soutien scolaire gratuits aux enfants. Une retraitée, ancienne couturière, a offert de faire de petites retouches. Pendant une canicule, plusieurs voisins se sont organisés pour faire les courses des personnes âgées qui ne pouvaient pas sortir.
L’application a aussi servi à résoudre des problèmes collectifs. Quand l’ascenseur du bâtiment B est resté en panne pendant trois semaines, les habitants ont rassemblé des témoignages et des photos, puis ont envoyé une lettre commune au bailleur. L’ascenseur a été réparé quatre jours plus tard.
Tout n’est pas parfait. Il y a parfois des disputes sur le groupe, à propos du bruit ou des poubelles, et Lucas doit jouer le modérateur. Certains habitants âgés n’utilisent pas de smartphone et restent à l’écart. Pour eux, Fatou imprime chaque semaine les annonces importantes et les affiche dans le hall.
L’été dernier, pour la première fois, la résidence a organisé une fête des voisins dans la cour. Plus de deux cents personnes sont venues, chacune avec un plat de son pays. « Avant, cette cour était vide, dit Fatou. Maintenant, c’est la place du village. »