La salle du conseil municipal de Poitiers était pleine à craquer, mardi soir, pour la réunion publique sur le projet de la rue Carnot. La mairie veut supprimer une cinquantaine de places de stationnement dans cette rue commerçante du centre-ville pour créer une piste cyclable protégée dans les deux sens. Les travaux devraient commencer au printemps. Pendant plus de deux heures, partisans et opposants ont exprimé leur point de vue, parfois avec passion.
L’adjoint au maire chargé des mobilités a d’abord présenté le projet. Selon lui, le nombre de cyclistes en ville a doublé en cinq ans, mais la rue Carnot reste dangereuse : trois accidents graves impliquant des vélos y ont eu lieu l’an dernier. « Nous voulons que les enfants puissent aller au collège à vélo en toute sécurité », a-t-il déclaré. Il a aussi rappelé qu’un parking souterrain, à trois cents mètres, était souvent à moitié vide.
Les commerçants, eux, étaient très inquiets. Madame Barreau, qui tient une boulangerie depuis vingt ans, a pris la parole avec émotion. « La moitié de mes clients viennent en voiture, ils s’arrêtent cinq minutes pour acheter leur pain. S’ils ne peuvent plus se garer, ils iront au supermarché. » Un fleuriste a ajouté que ses livraisons deviendraient impossibles. Plusieurs personnes ont applaudi.
Un jeune père de famille a répondu que, dans d’autres villes comme Strasbourg ou Grenoble, des études avaient montré que les cyclistes et les piétons dépensaient en moyenne autant que les automobilistes dans les commerces de proximité, parce qu’ils venaient plus souvent. Une étudiante a parlé de la pollution et du bruit. Un retraité, lui, s’est inquiété pour les personnes âgées ou handicapées qui ne peuvent pas marcher longtemps.
À la fin de la réunion, l’adjoint a annoncé quelques modifications pour tenir compte des critiques : dix places de livraison seraient conservées, ainsi que quatre places réservées aux personnes handicapées. La première heure dans le parking souterrain deviendrait gratuite pour les clients des commerces de la rue. Une évaluation serait faite après un an.
En sortant, Madame Barreau semblait un peu rassurée. « Je ne suis pas complètement convaincue, mais au moins, ils nous ont écoutés. On verra dans un an. »