Dans quatre jours, Robert et Monique fêteraient leurs quarante ans de mariage, leurs noces de rubis. Robert, soixante-sept ans, ancien gendarme, n’avait jamais été très doué pour les cadeaux. Pendant des années, il avait offert à sa femme des appareils pratiques : un robot de cuisine, un aspirateur, une machine à café. Monique faisait toujours semblant d’être contente. Cette année, leur fille l’avait prévenu : « Papa, pas d’électroménager ! Offre-lui des fleurs, et choisis-les avec ton cœur. »
Le mercredi matin, Robert est entré chez la fleuriste du centre-ville d’Annecy. Il se sentait un peu perdu au milieu des seaux remplis de roses, de tulipes, de lys et de fleurs qu’il ne savait même pas nommer. La fleuriste, une jeune femme souriante, lui a demandé quelle était l’occasion.
« Quarante ans de mariage. Je voudrais quelque chose de spécial, mais je n’y connais rien.
— Les noces de rubis ! Félicitations. Traditionnellement, on offre des roses rouges, une par année de mariage. Mais quarante roses, c’est un bouquet énorme, et assez cher. Qu’est-ce que votre femme aime ? »
Robert a réfléchi. Il a parlé du jardin de Monique, qu’elle soignait avec passion, de ses pivoines roses qu’elle attendait chaque printemps, et du bouquet de son mariage, qui contenait du muguet, parce qu’ils s’étaient mariés en mai. La fleuriste l’a écouté avec attention.
Elle lui a proposé un bouquet composé de pivoines roses, de quelques roses rouges pour la tradition et de petits brins de muguet, rappelant le bouquet de mariage. Elle a ajouté du feuillage d’eucalyptus pour le parfum. « Comme ça, ce n’est pas un bouquet comme les autres. C’est votre histoire. » Le prix, soixante-quinze euros, l’a fait hésiter une seconde, puis il a accepté. Elle lui a aussi donné une petite carte, sur laquelle il a écrit, après avoir longtemps cherché ses mots : « Quarante ans, et je te choisirais encore. »
Le samedi, quand Monique a ouvert la porte et a vu le bouquet, elle a reconnu tout de suite le muguet. Elle a lu la carte et s’est mise à pleurer. « Tu te souviens de mon bouquet de mariage ? » Robert, ému lui aussi, a simplement hoché la tête. Leur fille, qui regardait la scène, a levé le pouce discrètement.