Dans l’immeuble du 8, rue des Carmes, à Orléans, tout le monde se disait bonjour et l’ambiance était plutôt bonne. Jusqu’au jour où l’escalier a commencé à se remplir d’objets.
Tout a commencé discrètement. D’abord, une poussette double est apparue sur le palier du premier étage. Elle appartenait à la famille Diallo, qui venait d’avoir des jumeaux et vivait au troisième sans ascenseur. Personne n’a rien dit : chacun comprenait qu’il était difficile de monter une poussette double tous les jours. Ensuite, un étudiant du deuxième a laissé son vélo attaché à la rampe. Puis des sacs-poubelles ont commencé à attendre devant certaines portes pendant toute une nuit, et des cartons de déménagement sont restés dans l’entrée pendant trois semaines.
Madame Joly, soixante-dix-huit ans, qui habite au deuxième, a été la première à se plaindre. Un soir, elle a failli tomber en essayant de passer entre la poussette et le mur. Elle a écrit une lettre au syndic de copropriété, en rappelant que le règlement intérieur interdisait de laisser des objets dans les parties communes. Elle a aussi rappelé que, en cas d’incendie, un escalier encombré pouvait empêcher les pompiers de passer.
Le syndic a envoyé un courrier assez sec à tous les habitants. Résultat : l’ambiance s’est tendue. La famille Diallo s’est sentie visée et injustement accusée. « Où voulez-vous qu’on mette la poussette ? Sur le toit ? » a dit Monsieur Diallo dans le hall. L’étudiant, lui, a fait semblant de ne rien avoir reçu.
C’est finalement un autre voisin, Monsieur Petitjean, retraité et ancien menuisier, qui a trouvé une solution. Il a remarqué que la cave avait un petit local vide, près de l’entrée, qui ne servait à rien depuis des années. Il a proposé de l’aménager pour les poussettes et les vélos. Lors de l’assemblée générale de copropriété, tout le monde a voté pour. Il a installé lui-même des crochets pour les vélos et une étagère.
Aujourd’hui, l’escalier est dégagé. Madame Joly passe sans difficulté, et les Diallo rangent leur poussette dans le nouveau local. Pour remercier Monsieur Petitjean, Madame Diallo lui a préparé un tiep, un plat sénégalais. Il paraît qu’il en a redemandé.