Pendant vingt-huit ans, Didier a travaillé dans la même imprimerie, à Saint-Quentin, dans l’Aisne. Il y était entré à vingt-deux ans comme apprenti et il avait fini chef d’atelier, responsable de quinze personnes. Il connaissait chaque machine par cœur. « L’odeur de l’encre, c’était ma deuxième maison », dit-il.
Mais depuis dix ans, les commandes diminuaient. Les entreprises imprimaient moins de catalogues, de brochures, de journaux. Tout passait par Internet. En janvier 2023, la direction a réuni les employés dans la cantine et a annoncé la fermeture de l’usine pour juin. Didier avait cinquante ans. « J’ai eu l’impression qu’on me retirait le sol sous les pieds. »
Les premières semaines après la fermeture ont été les plus dures. Didier se levait à six heures, par habitude, et ne savait pas quoi faire de sa journée. Il se sentait inutile et un peu honteux devant ses voisins. Sa femme, aide-soignante, l’a encouragé à ne pas rester seul. Il s’est inscrit à France Travail, où un conseiller lui a proposé un bilan de compétences.
Ce bilan a été une révélation. Pendant plusieurs séances, une psychologue du travail l’a aidé à réfléchir à ce qu’il aimait vraiment dans son métier. Ce n’était pas seulement les machines : c’était aussi former les jeunes apprentis, résoudre les problèmes techniques et travailler avec ses mains. Peu à peu, une idée est apparue : devenir formateur dans un centre de formation professionnelle.
Grâce à l’indemnité de licenciement et à ses droits au chômage, Didier a pu suivre une formation de formateur pour adultes pendant huit mois. À cinquante et un ans, il s’est retrouvé à nouveau sur les bancs de l’école, à préparer des exposés et à passer des examens. « Mes enfants se moquaient gentiment de moi quand je faisais mes devoirs le soir ! »
Aujourd’hui, il enseigne la maintenance industrielle à des jeunes et à des adultes en reconversion. Il gagne un peu moins qu’avant, mais il a retrouvé le goût du travail. « Quand l’usine a fermé, je pensais que ma vie professionnelle était finie. En fait, elle recommençait. »