Quand Grace est arrivée du Kenya à Dijon, en septembre, pour un poste de chercheuse à l’université, elle faisait ses courses au supermarché, comme elle en avait l’habitude à Nairobi. C’était pratique, mais impersonnel. Un jour, sa voisine, Madame Perrin, lui a dit : « Ma petite, si vous voulez vraiment connaître la France, allez au marché des Halles le samedi matin. »
Le samedi suivant, Grace a suivi son conseil. Sous la grande halle en métal, inspirée de l’architecture de Gustave Eiffel, il y avait des dizaines d’étals. Ça sentait le pain chaud, le fromage et les fleurs. Les commerçants criaient leurs prix, et les clients discutaient comme s’ils se connaissaient depuis toujours.
Grace s’est d’abord arrêtée devant le stand d’un fromager. Elle a hésité devant les dizaines de fromages, dont elle ne connaissait aucun nom. Le fromager, un homme moustachu, a remarqué son embarras. « Vous voulez goûter ? Celui-là, c’est l’époisses, notre spécialité de Bourgogne. Il sent fort, mais il est délicieux. » Il lui a coupé un petit morceau. L’odeur était effectivement très forte, mais le goût l’a surprise : crémeux, presque doux. Elle en a acheté un.
Au stand de légumes, une maraîchère d’une soixantaine d’années lui a demandé d’où elle venait. Quand Grace a dit « du Kenya », la femme a souri : « Mon fils a fait un safari là-bas il y a deux ans ! » Elles ont parlé pendant dix minutes. La maraîchère lui a expliqué qu’elle cultivait ses légumes elle-même, à vingt kilomètres de Dijon, sans pesticides. Elle lui a donné quelques conseils pour cuisiner les poireaux, un légume que Grace n’avait jamais mangé.
Plus loin, un boucher lui a recommandé le bœuf bourguignon et lui a même écrit la recette sur un morceau de papier. Le pâtissier, lui, a insisté pour qu’elle goûte le pain d’épices de la ville.
Depuis, Grace va au marché chaque samedi. Les commerçants la reconnaissent et l’appellent par son prénom. La maraîchère lui garde parfois les plus belles tomates. « Au supermarché, on achète des produits, dit-elle. Au marché, on rencontre des gens. Et c’est comme ça que je me suis sentie chez moi. »