Pour leurs dix ans de mariage, Antoine avait voulu faire une surprise à sa femme, Élise. Il avait réservé trois nuits dans un hôtel quatre étoiles à Nice, sur la promenade des Anglais. Il avait choisi la catégorie « Chambre Supérieure Vue Mer », soixante euros de plus par nuit que la chambre standard. Sur le site, les photos montraient un grand balcon face à la Méditerranée, avec deux transats et une vue sublime sur la baie des Anges.
Ils sont arrivés un vendredi soir, après sept heures de route depuis Clermont-Ferrand. Le réceptionniste, très souriant, leur a donné la clé de la chambre 112, au premier étage. Antoine a ouvert la porte, impatient. La chambre était propre, assez grande, avec un lit confortable. Mais quand il a tiré les rideaux, il a découvert la vue : un mur gris, des poubelles et une cour intérieure. En se penchant beaucoup à gauche, on apercevait peut-être un petit morceau de bleu entre deux immeubles.
Élise a éclaté de rire. Antoine, lui, n’avait pas du tout envie de rire. Il est redescendu à la réception avec sa confirmation de réservation imprimée. « Excusez-moi, il doit y avoir une erreur. J’ai payé une chambre vue mer. » Le réceptionniste a vérifié sur son ordinateur et a un peu perdu son sourire. Il a expliqué que l’hôtel était complet à cause d’un congrès médical et qu’il n’y avait plus de chambre vue mer disponible ce soir-là.
Antoine a gardé son calme, mais il a été ferme. Il a rappelé que c’était un anniversaire de mariage et qu’il avait payé un supplément pour cette vue. Le réceptionniste a appelé le directeur de l’hôtel. Celui-ci est arrivé quelques minutes plus tard et s’est excusé personnellement. Il leur a proposé deux solutions : soit le remboursement du supplément pour les trois nuits, soit un changement de chambre dès le lendemain, avec un dîner offert au restaurant de l’hôtel.
Ils ont choisi la deuxième option. Le samedi matin, ils ont emménagé dans une suite au cinquième étage, avec un balcon encore plus grand que sur les photos. Le soir, en regardant le coucher du soleil sur la mer, Élise a dit : « Finalement, cette première nuit face aux poubelles, c’est le souvenir qui nous fera rire dans dix ans. »