Mardi 4 mars
Cela fait sept ans que je ne suis pas allée chez le dentiste. Sept ans ! Rien que d’écrire ce mot, j’ai des sueurs froides. Tout a commencé quand j’avais neuf ans : un dentiste brutal m’a soigné une carie sans attendre que l’anesthésie fasse effet. Depuis, le bruit de la fraise me fait trembler. Mais depuis dix jours, j’ai mal à une molaire en bas à droite, surtout quand je bois quelque chose de froid. Je ne peux plus faire semblant.
Jeudi 6 mars
J’en ai parlé à ma collègue Anaïs, qui a eu le même problème. Elle m’a donné le nom de sa dentiste, à Rennes, qui est connue pour être très douce avec les patients anxieux. J’ai appelé. Au téléphone, j’ai avoué tout de suite que j’avais une phobie. La secrétaire n’a pas ri. Elle m’a dit que c’était fréquent et que le premier rendez-vous serait seulement une consultation, sans soins. J’ai rendez-vous lundi.
Lundi 10 mars
J’ai très mal dormi. Dans la salle d’attente, mon cœur battait à cent à l’heure. Mais la dentiste, le docteur Le Bihan, m’a d’abord fait asseoir dans son bureau, pas sur le fauteuil. On a parlé pendant un quart d’heure de ma peur et de ce qui s’était passé quand j’étais enfant. Elle m’a expliqué que je pouvais lever la main à tout moment pour qu’elle s’arrête. Ensuite, elle a regardé ma dent avec un petit miroir et a fait une radio. Verdict : une carie assez profonde, mais pas besoin de dévitaliser la dent, heureusement.
Vendredi 14 mars
Jour J. Elle m’a mis une crème anesthésiante sur la gencive avant la piqûre, si bien que je n’ai presque rien senti. Elle m’a laissé mettre mes écouteurs avec ma musique préférée. J’ai levé la main deux fois, et elle s’est arrêtée tout de suite. Le soin a duré trente minutes. Quand j’ai quitté le cabinet, j’avais la joue engourdie et un sourire bizarre, mais j’étais fière de moi.
Samedi 15 mars
Plus aucune douleur. J’ai déjà pris rendez-vous pour un détartrage en septembre. Je n’aurais jamais cru écrire ça un jour, mais j’ai presque hâte d’y retourner.