Jeudi soir, dix-huit heures trente, la salle polyvalente du collège Jean-Moulin, à Saint-Étienne, était pleine. Madame Arnaud, professeure d’anglais de la classe de quatrième B, avait convoqué les parents pour présenter un projet qui lui tenait à cœur : un voyage scolaire de cinq jours à Londres, au printemps.
Elle a commencé par un diaporama enthousiaste. Au programme : le British Museum, une visite de Westminster, une comédie musicale et, surtout, deux nuits dans des familles d’accueil pour pratiquer l’anglais. « Pour beaucoup d’élèves, ce sera le premier voyage à l’étranger. C’est une expérience inoubliable. »
Puis elle a annoncé le prix : quatre cent quatre-vingts euros par élève. Un silence gêné a suivi. Monsieur Faure, père de jumeaux, a été le premier à réagir. « Quatre cent quatre-vingts euros fois deux, ça fait presque mille euros. Pour nous, c’est impossible. » Plusieurs parents ont hoché la tête.
Une mère, assise au premier rang, a répliqué assez sèchement. « Ce genre de voyage, c’est une chance. On peut économiser pendant six mois, non ? Moi, je trouve qu’on ne doit pas toujours tout niveler par le bas. » Monsieur Faure s’est énervé : « Facile à dire quand on a deux salaires ! » Le ton est monté, et quelques parents ont commencé à parler en même temps.
Le principal adjoint, présent dans la salle, a dû intervenir pour calmer les esprits. Il a rappelé une règle importante : un voyage scolaire organisé pendant le temps scolaire ne doit exclure aucun élève pour des raisons financières. Il a ensuite expliqué qu’il existait des solutions : le fonds social du collège, des aides de la mairie, et la possibilité de payer en plusieurs fois.
Une autre mère, restée silencieuse jusque-là, a alors fait une proposition qui a détendu l’atmosphère. Pourquoi ne pas organiser des actions pour financer une partie du voyage ? Une vente de gâteaux, un loto, un vide-grenier au collège. Même les élèves pourraient participer. L’idée a été accueillie par des applaudissements.
À la fin de la réunion, un petit groupe de parents volontaires s’est formé, dont Monsieur Faure et la mère du premier rang. Ils se sont même échangé leurs numéros. Trois mois plus tard, grâce aux actions et aux aides, le prix par élève était descendu à deux cent soixante euros. Toute la classe est partie à Londres.