Depuis la crise sanitaire, Bertrand, quarante-trois ans, traducteur, travaille entièrement chez lui, dans son petit appartement de Clermont-Ferrand. Il passe ses journées entre son bureau, sa cuisine et son canapé. Un soir, en montant les trois étages jusqu’à chez lui, il s’est rendu compte qu’il était essoufflé comme un vieil homme. Le lendemain, il a décidé de se remettre au sport.
Il a choisi une salle de sport qui venait d’ouvrir au coin de sa rue et qui proposait un cours d’essai gratuit de « cross-training », une sorte d’entraînement intensif mélangeant musculation, course et sauts. Sur le site, les photos montraient des gens souriants, en pleine forme. « Ça a l’air amusant », s’est-il dit.
Le samedi matin, il s’est présenté au cours avec un vieux t-shirt et des baskets qu’il avait achetées en 2012. Le coach, un ancien rugbyman aux bras énormes, a accueilli le groupe avec un grand sourire. « Bienvenue ! Aujourd’hui, on fait une séance découverte, rien de très difficile. » Les autres participants avaient tous l’air d’avoir vingt-cinq ans.
L’échauffement à lui seul a presque achevé Bertrand. Puis sont venus les burpees, les squats, les fentes, les tractions et les sprints sur le tapis. Au bout de vingt minutes, son visage était rouge vif et il avait la tête qui tournait. Le coach lui a conseillé de faire une pause et de boire de l’eau. Par fierté, Bertrand a refusé et a continué jusqu’à la fin. Il voulait prouver qu’il n’était pas « trop vieux ».
C’était une erreur. Le lendemain, il ne pouvait plus descendre l’escalier sans se tenir à la rampe. Le surlendemain, c’était pire : il avait des courbatures dans des muscles dont il ignorait l’existence. Il a dû annuler deux rendez-vous professionnels et travailler couché sur son canapé, l’ordinateur sur le ventre. Même rire lui faisait mal.
Une semaine plus tard, une fois remis, Bertrand a quand même pris un abonnement. Mais il a choisi le cours de yoga doux du mardi soir et, de temps en temps, une séance de vélo. « J’ai compris qu’on ne rattrape pas dix ans d’inactivité en une heure, dit-il. Il faut y aller progressivement. Et écouter le coach, surtout quand il dit de faire une pause. »