Un vendredi soir, dans une brasserie du Vieux-Lille. Camille et son ami Hugo fêtent la promotion de Hugo. Ils ont commandé depuis quarante-cinq minutes.
— Tu ne trouves pas que c’est long ? demande Camille en regardant sa montre.
— Si, un peu. Mais il y a du monde, c’est vendredi.
Le serveur arrive enfin avec deux assiettes.
— Voilà, un pavé de saumon pour madame, et une entrecôte pour monsieur.
— Merci, dit Hugo. Il coupe sa viande, puis s’arrête. Excusez-moi, monsieur, j’avais demandé une entrecôte à point, et elle est presque crue à l’intérieur.
— Ah... Vous êtes sûr ? Ici, on sert la viande plutôt saignante, c’est le style de la maison.
— Je comprends, mais j’avais bien précisé « à point » au moment de la commande. Je ne voudrais pas vous embêter, mais est-ce qu’il serait possible de la faire cuire un peu plus ?
— Bien sûr, je la rapporte en cuisine.
Le serveur repart. Camille goûte son saumon et fronce les sourcils.
— Le mien est froid. Pas tiède, froid. Et la purée aussi.
— C’est sans doute parce qu’il a attendu trop longtemps sur le comptoir. Tu devrais le dire.
— Je n’aime pas me plaindre...
— Camille, tu vas payer vingt-six euros pour un plat froid. Sois polie, mais dis-le.
Quand le serveur revient avec l’entrecôte, Camille prend son courage à deux mains.
— Pardon, monsieur, je suis désolée de vous déranger encore, mais mon plat est froid. Je pense qu’il est resté un moment en attente.
— Oh, je suis vraiment navré. Ce soir, nous avons un cuisinier malade et tout le monde court partout. Je vous le change tout de suite.
Cinq minutes plus tard, un nouveau saumon, bien chaud, arrive. Un peu plus tard, la patronne de la brasserie vient à leur table.
— On m’a dit que la soirée avait mal commencé. Pour nous excuser, les desserts et le café sont offerts.
— C’est très gentil, merci beaucoup ! répond Camille, toute rouge.
Quand elles sont parties, Hugo sourit.
— Tu vois ? Une réclamation polie, ça marche toujours mieux qu’une dispute.