Je m’appelle Élodie et je suis pharmacienne depuis douze ans dans une petite pharmacie d’un quartier populaire de Marseille. Les gens pensent souvent que mon métier consiste à vendre des boîtes de médicaments. En réalité, c’est beaucoup plus que ça. Laissez-moi vous raconter une matinée ordinaire, celle de mardi dernier.
J’ai ouvert à huit heures trente. Mon premier client était Monsieur Benali, un habitué de soixante-quinze ans, diabétique, qui vient chaque mois avec son ordonnance. Ce jour-là, il m’a paru plus pâle que d’habitude. En discutant, j’ai appris qu’il avait des vertiges depuis deux jours. J’ai pris sa tension : elle était très basse. Je lui ai conseillé d’appeler son médecin dans la matinée, ce qu’il a fait devant moi. Son traitement a été adapté le jour même.
Vers neuf heures, une jeune maman est arrivée, très inquiète, avec un bébé qui avait de la fièvre depuis la nuit. Elle voulait un sirop « pour faire baisser la fièvre très vite ». Je lui ai posé plusieurs questions : l’âge exact du bébé, sa température, s’il mangeait normalement. Le bébé n’avait que deux mois. À cet âge, une fièvre doit toujours être vue par un médecin. Je ne lui ai rien vendu, mais je l’ai envoyée aux urgences pédiatriques. Elle m’a appelée l’après-midi pour me remercier : c’était une infection urinaire, soignée à temps.
Ensuite, la matinée a continué à un rythme rapide. J’ai fait deux vaccins contre la grippe, puisque les pharmaciens ont désormais le droit de vacciner. J’ai expliqué à une étudiante comment utiliser la pilule du lendemain. J’ai aidé un touriste allemand qui avait oublié son traitement pour l’asthme. Et j’ai passé dix minutes avec une dame âgée qui voulait seulement parler, parce qu’elle se sentait seule depuis la mort de son mari.
À midi, quand j’ai fermé pour la pause, j’étais épuisée mais satisfaite. Dans un quartier où il est de plus en plus difficile d’obtenir un rendez-vous chez le médecin, la pharmacie est souvent le premier lieu où les gens viennent chercher de l’aide. C’est une grande responsabilité, mais c’est aussi ce qui donne du sens à mon métier.