Samedi 18 novembre
Cher journal,
Ce soir, pour la première fois depuis des années, je suis allée au théâtre. C’est ma collègue Nathalie qui m’a convaincue. Elle avait deux places pour « Le Malade imaginaire » de Molière au Théâtre du Capitole, et son mari était malade — un vrai malade, pas un imaginaire ! J’ai d’abord hésité. Le théâtre classique, pour moi, c’était surtout de mauvais souvenirs du lycée, quand on devait lire des pièces en alexandrins sans rien comprendre.
Nous sommes arrivées vingt minutes avant le début. La salle m’a tout de suite impressionnée : des fauteuils en velours rouge, un plafond peint, des balcons dorés. Nous étions au deuxième balcon, un peu loin de la scène, mais on voyait tout. Autour de nous, il y avait des gens de tous les âges, et même une classe de collégiens qui faisaient beaucoup de bruit.
Quand les lumières se sont éteintes, le silence s’est fait d’un coup. Et dès les premières minutes, j’ai été surprise : je riais ! Le comédien qui jouait Argan, ce vieil homme persuadé d’être malade, était extraordinaire. Il toussait, il se plaignait, il comptait ses médicaments avec un sérieux tellement exagéré que toute la salle éclatait de rire. La servante, Toinette, était encore meilleure : insolente, rapide, pleine d’énergie. Le metteur en scène avait ajouté quelques touches modernes, comme un téléphone portable qui sonnait au mauvais moment, mais sans trahir le texte.
Pendant l’entracte, nous avons bu un verre de champagne au bar. Nathalie m’a raconté que Molière lui-même était tombé malade sur scène pendant la quatrième représentation de cette pièce, en 1673, et qu’il était mort quelques heures plus tard. J’en ai eu des frissons.
À la fin, les comédiens ont été applaudis pendant cinq bonnes minutes. Les collégiens criaient « Bravo ! » plus fort que tout le monde. En rentrant à pied le long de la Garonne, je me suis promis une chose : retourner au théâtre au moins une fois par mois. Je me suis déjà renseignée sur l’abonnement jeune... enfin, presque jeune.