Un samedi de janvier, à dix heures du matin, Monique, soixante-dix ans, s’installe devant la fenêtre de sa cuisine, à Chartres, avec une tasse de thé, une paire de jumelles et une fiche imprimée. Pendant exactement une heure, elle va compter tous les oiseaux qui viennent dans son jardin. Comme elle, des milliers de Français participent ce week-end-là au comptage national des oiseaux des jardins, organisé par une association de protection de la nature.
Le principe est simple et ouvert à tous, même sans connaissances particulières. On choisit un lieu, un jardin, un balcon ou un parc, et on note pendant une heure le nombre maximal d’oiseaux de chaque espèce vus en même temps. Ensuite, on envoie ses résultats sur un site Internet. Une fiche avec des dessins aide à reconnaître les espèces les plus courantes : mésange, rouge-gorge, merle, moineau, pinson.
Monique a commencé il y a cinq ans, après avoir vu un reportage à la télévision. « Au début, je confondais tout. Pour moi, un petit oiseau marron, c’était un moineau. » Elle a acheté un guide et a appris à reconnaître les chants. Aujourd’hui, elle identifie une trentaine d’espèces. Elle a installé une mangeoire et un nichoir, et elle a laissé un coin de son jardin sauvage, avec des orties et des ronces, pour attirer les insectes dont se nourrissent les oiseaux.
Ces observations, faites par des amateurs, ont une vraie valeur scientifique. Les chercheurs ne peuvent pas être partout. Grâce aux millions de données récoltées chaque année, ils peuvent suivre l’évolution des populations d’oiseaux. Et les résultats sont inquiétants. En quarante ans, la France a perdu environ un tiers de ses oiseaux des campagnes. Le moineau, autrefois très commun, a beaucoup diminué dans les villes. Les causes principales sont la disparition des haies, l’usage des pesticides et la diminution des insectes.
Ce matin-là, Monique a compté quatorze espèces et quarante-deux oiseaux. Une bonne surprise : un pic épeiche, qu’elle n’avait jamais vu dans son jardin. Ce soir, ses petits-enfants viendront voir les photos. « Je veux leur transmettre ça. Si on apprend à regarder les oiseaux, on a envie de les protéger. »