Il y a un an, Hervé, patron d’une petite entreprise de fabrication de meubles près de Tours, a fait une annonce surprenante à ses vingt-huit salariés : pendant six mois, tout le monde travaillerait quatre jours par semaine au lieu de cinq, sans baisse de salaire. Les horaires passeraient de trente-cinq heures sur cinq jours à trente-deux heures sur quatre jours. Le vendredi deviendrait un jour de repos.
Pourquoi ce choix ? L’entreprise avait du mal à recruter. Les jeunes menuisiers préféraient les grandes entreprises, qui payaient mieux. Deux salariés expérimentés étaient partis l’année précédente, épuisés. « Je ne pouvais pas augmenter beaucoup les salaires. Mais je pouvais offrir du temps », explique Hervé.
L’annonce a provoqué des réactions mitigées. Certains salariés étaient ravis. D’autres étaient sceptiques. « On va devoir faire le même travail en moins de temps, on va être encore plus fatigués », craignait Sylvie, responsable de l’atelier de vernissage. Les clients aussi posaient des questions : l’entreprise pourrait-elle respecter les délais de livraison ?
Pour réussir, il a fallu tout réorganiser. Les réunions ont été raccourcies et limitées à trente minutes. Les pauses ont été mieux organisées. Pour le service clients, deux personnes travaillent le vendredi par roulement et prennent leur jour de repos un autre jour. Les salariés ont aussi proposé eux-mêmes des idées pour gagner du temps, comme réorganiser le stockage du bois.
Après six mois, le bilan a surpris tout le monde. La production n’a pas baissé : elle a même légèrement augmenté. Les arrêts maladie ont diminué de moitié. Les salariés se disent plus reposés et plus concentrés. Sylvie a changé d’avis : « Le vendredi, je m’occupe de mes enfants, je fais mes courses, mes rendez-vous chez le médecin. Le week-end, je me repose vraiment. » Et l’entreprise a reçu plus de quarante candidatures pour un poste de menuisier, contre trois l’année précédente.
Tout n’est pas parfait. Les journées de huit heures sont plus longues et fatigantes, surtout pour les postes physiques. Certains clients ont eu du mal à s’habituer. Mais l’expérience a été prolongée. « Je ne reviendrai pas en arrière, dit Hervé. J’ai compris qu’un salarié reposé travaille mieux qu’un salarié présent cinq jours mais épuisé. »