Quand Antoine, vingt et un ans, est arrivé à Lyon pour ses études de médecine, il a vite compris qu’il ne pourrait pas se payer un studio. Les loyers dépassaient six cents euros, et ses parents, agriculteurs dans la Drôme, ne pouvaient pas l’aider beaucoup. C’est en cherchant sur Internet qu’il a découvert la cohabitation intergénérationnelle : une personne âgée qui a une chambre libre accueille un jeune, en échange d’une présence et de petits services.
Une association l’a mis en relation avec Mme Garnier, quatre-vingt-sept ans, veuve depuis cinq ans, qui vivait seule dans un grand appartement du sixième arrondissement. Ses enfants habitaient loin et s’inquiétaient de la savoir seule, surtout la nuit. Antoine et Mme Garnier se sont rencontrés autour d’un thé, en présence d’une responsable de l’association. Ils ont signé une convention qui fixait les règles.
Antoine ne paie pas de loyer, seulement une petite participation aux charges de cinquante euros par mois. En échange, il s’engage à être présent tous les soirs à partir de vingt heures, sauf le week-end, et à dîner avec Mme Garnier trois fois par semaine. Il fait aussi les courses lourdes et l’aide avec son ordinateur. Il n’a pas le droit d’inviter des amis à dormir.
Les débuts n’ont pas été faciles. Mme Garnier avait ses habitudes : le dîner à dix-neuf heures précises, la télévision à fond pour les informations, aucune chaussure dans le salon. Antoine, lui, rentrait parfois tard de la bibliothèque et révisait la nuit. Il y a eu quelques malentendus. Une fois, Mme Garnier a appelé la police parce qu’il n’était pas rentré à minuit et qu’il ne répondait pas au téléphone. Ils ont appris à se prévenir.
Avec le temps, une vraie amitié est née. Mme Garnier, ancienne infirmière, fait réviser à Antoine ses cours d’anatomie et lui raconte ses souvenirs de l’hôpital dans les années soixante. Antoine lui a appris à faire des appels vidéo avec ses arrière-petits-enfants. Ils regardent ensemble les matchs de rugby, et elle crie plus fort que lui.
Après deux ans, Antoine ne veut plus partir. « Au début, c’était une solution économique. Maintenant, c’est ma grand-mère de Lyon. » Mme Garnier, elle, résume : « Il me tient compagnie, et moi, je l’empêche de mal manger. »