Il y a trois ans, Nadia, quarante et un ans, aide-soignante à La Rochelle, ne pouvait pas courir plus de cinq minutes sans être essoufflée. Elle fumait un paquet de cigarettes par jour et n’avait jamais fait de sport depuis le lycée. Le 26 novembre dernier, elle a franchi la ligne d’arrivée du marathon de La Rochelle, après quarante-deux kilomètres et cent quatre-vingt-quinze mètres, en quatre heures et cinquante-deux minutes.
Tout a commencé par un pari avec sa fille de seize ans. « Elle m’a dit que j’étais incapable d’arrêter de fumer. Je lui ai répondu que j’allais non seulement arrêter, mais aussi courir un marathon. » Le lendemain, Nadia a jeté ses cigarettes et a téléchargé une application pour débutants. Le programme alternait marche et course : une minute de course, deux minutes de marche, trois fois par semaine.
Les premiers mois ont été pénibles. Elle avait mal aux jambes, elle était essoufflée et elle avait honte de courir dans son quartier. Elle courait donc très tôt le matin, quand il n’y avait personne. Peu à peu, elle a pu courir dix minutes, puis trente, puis une heure. Après un an, elle a terminé sa première course de dix kilomètres.
Pour préparer le marathon, elle s’est inscrite dans un club d’athlétisme. Un entraîneur lui a préparé un plan de seize semaines, avec quatre séances par semaine : du fractionné, des sorties longues le dimanche et du renforcement musculaire. Elle a aussi appris l’importance de l’alimentation, de l’hydratation et du sommeil. Le plus difficile était d’organiser les entraînements avec ses horaires de travail à l’hôpital, souvent de nuit.
Le jour de la course, elle était terrorisée. Jusqu’au trentième kilomètre, tout s’est bien passé. Puis elle a « touché le mur », comme disent les coureurs : ses jambes sont devenues lourdes comme du béton, et elle a pensé à abandonner. C’est la foule qui l’a sauvée. Des inconnus criaient son prénom, inscrit sur son dossard. Sa fille l’attendait au trente-cinquième kilomètre avec une pancarte : « Allez Maman ! »
À l’arrivée, Nadia a pleuré dans les bras de sa fille. « Je n’ai pas gagné, j’ai même été dans les derniers. Mais j’ai gagné contre moi-même. » Elle n’a plus jamais touché une cigarette.