Un an après le décès de leur mère, Isabelle, Laurent et Céline se sont retrouvés dans la maison familiale de Brive-la-Gaillarde. Leur père était parti en maison de retraite, et la maison allait être vendue. Ils avaient pris une semaine de congé pour la vider. Quarante-cinq ans de vie de famille les attendaient dans les placards, le grenier et la cave.
Dès le premier jour, ils ont mesuré l’ampleur de la tâche. Leur mère gardait tout : des boîtes de boutons, des journaux de 1998, des pots de confiture vides, des dizaines de nappes. Le grenier était rempli de jouets, de cahiers d’école et de vieux vêtements. « On ne savait pas par où commencer », raconte Isabelle, l’aînée.
Ils ont décidé de s’organiser. Chaque pièce serait triée en quatre tas : ce qu’on garde, ce qu’on donne, ce qu’on vend et ce qu’on jette. Mais rapidement, les désaccords sont apparus. Laurent voulait aller vite et jeter beaucoup. Céline, la plus jeune, voulait garder presque tout. Le buffet de la salle à manger, en particulier, a provoqué une dispute : les trois le voulaient, pour des raisons sentimentales.
Ce travail a aussi réveillé beaucoup d’émotions. En ouvrant un tiroir, Céline a trouvé les lettres d’amour que leur père avait écrites à leur mère pendant son service militaire. Les trois frère et sœurs les ont lues ensemble, assis par terre, entre rires et larmes. Ils ont aussi découvert des photos qu’ils n’avaient jamais vues, et un cahier de recettes écrit à la main par leur grand-mère.
Pour le buffet, ils ont fini par trouver une solution : Laurent l’a pris, mais il a promis que les repas de Noël se feraient chez lui, autour de ce meuble. Les vêtements sont allés à une association caritative. Une brocanteuse a acheté une partie des meubles. Et pour les objets à partager, ils ont fait un tirage au sort.
Le dernier soir, la maison était vide. Leurs voix résonnaient dans les pièces. Ils ont fait un dernier tour, puis ils ont fermé la porte ensemble. « C’était dur, dit Laurent. Mais cette semaine nous a rapprochés. On ne s’était pas autant parlé depuis l’enfance. »