Dans l’agence de communication où travaille Laetitia, à Lille, l’équipe marketing compte six personnes. Pendant longtemps, l’ambiance était excellente. Mais depuis l’arrivée d’un nouveau responsable, Grégoire, il y a huit mois, tout a changé. Les réunions sont tendues, deux collègues ne se parlent plus, et une troisième est en arrêt maladie pour épuisement.
Le problème a commencé avec la façon de travailler de Grégoire. Très ambitieux, il voulait des résultats rapides. Il envoyait des e-mails à vingt-deux heures et attendait des réponses le soir même. Il changeait les priorités plusieurs fois par semaine, sans expliquer pourquoi. Et surtout, il ne reconnaissait jamais le travail de son équipe. Quand une campagne publicitaire a eu du succès, il a présenté les résultats à la direction comme si c’était son idée.
Les conflits se sont aussi multipliés entre collègues. Avec la pression, chacun défendait son territoire. Thomas, le graphiste, reprochait à Sonia, la cheffe de projet, de lui donner des délais impossibles. Sonia, de son côté, se sentait prise entre Grégoire et l’équipe. Les pauses café, autrefois joyeuses, étaient devenues des moments de critique.
Laetitia a longtemps hésité à réagir. Elle avait peur d’être mal vue ou de perdre son poste. Mais quand sa collègue est partie en arrêt, elle a décidé d’agir. Elle a demandé un entretien avec la responsable des ressources humaines. Elle a décrit les faits, calmement, avec des exemples précis et des dates, sans attaquer personne.
Les ressources humaines ont pris la situation au sérieux. Elles ont organisé des entretiens individuels avec chaque membre de l’équipe, puis une médiation avec un intervenant extérieur. Pendant ces séances, chacun a pu exprimer ce qu’il ressentait. Grégoire a été surpris : il n’avait pas conscience de l’effet de son comportement. Il a reconnu qu’il avait lui-même une forte pression de la direction.
Des règles ont été mises en place : pas d’e-mails après dix-neuf heures, une réunion hebdomadaire pour fixer les priorités, et des réussites partagées en équipe. Tout n’est pas parfait, mais l’ambiance s’améliore. « Le plus important, dit Laetitia, c’est d’avoir osé en parler. Le silence, lui, ne règle jamais rien. »