Chaque mercredi après-midi, Yanis, vingt et un ans, étudiant en licence de physique à Clermont-Ferrand, prend le bus pour aller chez la famille Martin. Il y donne un cours de mathématiques de deux heures à Chloé, quatorze ans, en troisième. Il fait ce petit travail depuis septembre pour payer une partie de son loyer.
Quand il l’a rencontrée, Chloé détestait les maths. Elle avait eu six sur vingt au premier contrôle de l’année et pensait qu’elle était « nulle ». Elle se bloquait dès qu’elle voyait une équation. Ses parents s’inquiétaient, car le brevet arrivait en juin et elle voulait aller dans un bon lycée.
Yanis a vite compris que le problème n’était pas l’intelligence de Chloé, mais sa peur. « Elle avait tellement peur de se tromper qu’elle n’osait même pas essayer. » Pendant les premières séances, il n’a presque pas fait de cours. Il lui a posé des questions sur ce qu’elle aimait. Chloé adorait la cuisine et le basket. Alors Yanis a utilisé des recettes pour expliquer les proportions, et les statistiques de ses joueurs préférés pour parler des pourcentages.
Il lui a aussi appris une méthode. D’abord, lire l’énoncé deux fois et souligner les informations importantes. Ensuite, faire un schéma. Enfin, ne jamais laisser une question vide : même une réponse fausse montre un raisonnement. Et surtout, il l’a encouragée à poser toutes ses questions, même celles qui lui paraissaient bêtes.
Les progrès ont été lents au début, puis rapides. En décembre, Chloé a eu onze. En mars, quinze. Mais le changement le plus visible n’était pas dans les notes. Elle levait la main en classe, ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant.
Pour Yanis aussi, l’expérience a été enrichissante. Il a découvert qu’il aimait transmettre et il envisage maintenant de devenir professeur. En juin, Chloé a obtenu son brevet avec une mention bien et a eu dix-sept en maths. Le jour des résultats, elle a envoyé un message à Yanis : « Je crois que je ne suis pas si nulle, finalement. » Il l’a gardé dans son téléphone.