Le premier vendredi de chaque mois, depuis cinq ans, l’appartement de Romain, à Rouen, se remplit vers vingt heures. Six à dix amis arrivent, chacun avec une boîte de jeu sous le bras et quelque chose à manger. Sur la grande table du salon, les cartes, les dés et les pions remplacent les assiettes. C’est la soirée jeux de société, un rendez-vous que personne ne voudrait manquer.
Tout a commencé par hasard. Romain venait d’emménager et ne connaissait pas grand monde. Un collègue lui a offert un jeu de stratégie pour son anniversaire. Pour y jouer, il fallait au moins quatre joueurs. Romain a invité deux collègues et sa voisine. La soirée a duré jusqu’à deux heures du matin. Le mois suivant, ils ont recommencé, et chacun a amené un ami.
Le groupe est devenu très varié. Il y a Nadia, une infirmière qui adore les jeux de coopération, où tout le monde gagne ou perd ensemble. Il y a Paul, un retraité passionné de jeux de stratégie très complexes, qui lit les règles pendant une heure avant de commencer. Il y a aussi un couple qui s’est rencontré autour de cette table. Leur bébé, né l’an dernier, assiste parfois aux soirées dans son transat.
Les jeux de société connaissent un vrai succès en France depuis quelques années. Des milliers de nouveaux jeux sortent chaque année, et des bars à jeux ouvrent dans toutes les grandes villes. Pour Romain, ce succès s’explique facilement. « On passe nos journées devant des écrans. Autour d’une table, on se regarde, on rit, on se dispute un peu. C’est une vraie rencontre. »
Bien sûr, il y a parfois des tensions. Certains sont mauvais perdants. Un soir, une partie de Monopoly a tellement dégénéré que le groupe l’a interdit pour toujours. Il y a aussi des règles non écrites : on ne regarde pas son téléphone pendant une partie, et celui qui gagne range le jeu.
Pour fêter les cinq ans, le groupe a organisé un week-end dans un gîte en Normandie, avec quarante jeux dans le coffre. « On a joué trois jours presque sans dormir. Mes amis d’enfance sont loin, mais ici, j’ai trouvé une deuxième famille. »