Dans l’immeuble de la rue des Carmes, à Orléans, il y a vingt-quatre appartements et, depuis deux ans, un sujet de dispute permanent : les vélos dans le hall d’entrée. Le local à vélos, au sous-sol, est petit, humide et mal éclairé. Il faut descendre un escalier étroit en portant son vélo. Résultat : de plus en plus d’habitants laissaient leur vélo dans le hall, attaché à la rampe ou appuyé contre les boîtes aux lettres.
Pour certains, c’était devenu insupportable. Mme Girard, quatre-vingt-deux ans, qui marche avec une canne, avait failli tomber en passant entre deux vélos. Les parents avec des poussettes avaient du mal à passer. Le gardien se plaignait de ne plus pouvoir nettoyer correctement. Un matin, une affiche anonyme est apparue dans l’ascenseur : « Le hall n’est pas un garage ! »
Les cyclistes, eux, se défendaient. Le local était trop petit pour tous les vélos, et deux vélos y avaient été volés l’année précédente, car la porte fermait mal. « Je ne vais pas laisser mon vélo électrique à deux mille euros dans une cave où n’importe qui peut entrer », expliquait Karim, du troisième étage.
Le règlement de copropriété était clair : il est interdit d’encombrer les parties communes. Le syndic a envoyé une lettre rappelant cette règle, ce qui a surtout énervé tout le monde. Finalement, une habitante, Claire, a proposé de discuter du problème lors de l’assemblée générale des copropriétaires.
La réunion a été animée, mais constructive. Après une heure de débat, les copropriétaires ont voté plusieurs mesures. Le local du sous-sol serait rénové, avec un meilleur éclairage, une porte sécurisée par badge et des crochets muraux pour gagner de la place. Une partie de la cour intérieure serait aménagée avec un abri à vélos couvert. Le coût, environ six mille euros, serait partagé entre tous, en partie financé par une aide de la ville.
Six mois plus tard, le hall est dégagé. Mme Girard peut passer sans crainte, et Karim range son vélo dans l’abri. La seule chose qui n’a pas changé, c’est l’affiche anonyme. Personne n’a jamais su qui l’avait écrite.