Chaque matin, Sébastien prend le TER de 6 h 52 à la gare de Dax pour aller travailler à Bordeaux, à cent quarante kilomètres. Une heure et dix minutes de trajet, si tout va bien. Le soir, il reprend le train de 17 h 48. Depuis quatre ans, il passe environ deux heures et demie par jour dans le train, soit plus de cinq cents heures par an.
Sébastien a choisi cette vie pour des raisons simples. Il travaille dans une entreprise d’informatique à Bordeaux, mais les loyers y sont devenus trop chers pour une famille de quatre. À Dax, il a pu acheter une maison avec jardin, près de ses parents. Sa femme travaille dans un hôpital à Dax. Le train lui revient bien moins cher que la voiture : avec l’abonnement mensuel, dont la moitié est remboursée par son employeur, il paie environ quatre-vingts euros par mois.
Au fil des années, il s’est créé une routine. Le matin, il dort encore un peu ou lit les nouvelles sur sa tablette. Le soir, il lit un roman ou regarde une série. Il connaît tous les habitués du wagon. Il y a une infirmière, deux étudiants et un contrôleur qui le salue par son prénom. « On forme une petite communauté. Quand quelqu’un manque, on s’inquiète. »
Mais la vie de navetteur a ses mauvais côtés. Les retards sont fréquents, surtout en hiver. Parfois, un train est supprimé sans explication, et il faut attendre le suivant, une heure plus tard. En cas de grève, c’est la catastrophe. Les trains sont souvent bondés aux heures de pointe, et il n’est pas rare de voyager debout. Sébastien rentre parfois chez lui après vingt heures, quand ses enfants sont déjà couchés.
Depuis l’an dernier, son employeur lui permet de faire deux jours de télétravail par semaine. « Ça a tout changé. Trois jours de train, c’est supportable. Cinq, c’était épuisant. » Et quand on lui demande s’il retournerait vivre en ville, il répond sans hésiter : « Jamais. Le train, c’est le prix de ma qualité de vie. »