Un vendredi soir de mars, dans un appartement du Vieux-Lille, trente personnes sont assises sur des coussins, des chaises de cuisine et même sur le parquet. Les lumières sont tamisées. Devant la bibliothèque, une jeune femme accorde sa guitare. C’est Elsa, une chanteuse folk de vingt-huit ans, et elle va donner un concert dans le salon de Bertrand et Anne, des inconnus qu’elle a rencontrés il y a une heure.
Le concert en appartement est une pratique de plus en plus populaire. Le principe : un particulier ouvre sa maison à un artiste et à un petit public. Les places sont réservées sur une plateforme en ligne, qui ne révèle l’adresse que la veille. Chaque spectateur apporte quelque chose à boire ou à grignoter, et donne une participation libre, au chapeau, à la fin du concert. En général, l’artiste repart avec deux ou trois cents euros.
Pour Elsa, ces concerts sont essentiels. Elle n’est pas encore connue et les salles de concert sont difficiles à remplir. « Dans un bar, les gens parlent, regardent leur téléphone. Ici, ils écoutent vraiment. On entend chaque respiration. Ça me fait un peu peur, mais c’est magique. »
Ce soir-là, elle chante sans micro pendant une heure et quart. Entre les chansons, elle raconte leur histoire : une chanson écrite pour sa grand-mère, une autre après une rupture, une autre dans un train de nuit. Le public rit, s’émeut. À la fin, tout le monde chante le refrain de sa dernière chanson.
Après le concert, la soirée continue autour du buffet. Les spectateurs discutent avec Elsa, achètent ses CD, et échangent avec des voisins qu’ils n’avaient jamais rencontrés. Bertrand et Anne accueillent un concert tous les deux mois. « Au début, on avait peur pour nos meubles et nos voisins, avoue Anne. Mais on prévient l’immeuble, on finit à vingt-deux heures et on invite même les voisins. »
Pour Bertrand, c’est une façon de soutenir la culture à son échelle. « On ne peut pas sauver tous les artistes. Mais un soir, dans notre salon, on peut en aider une. »