Pendant sa grossesse, Marion avait suivi tous les conseils. Au quatrième mois, elle avait déposé une demande de place en crèche à la mairie de Nantes. On lui avait dit que c’était tôt, donc qu’elle avait de bonnes chances. Elle devait reprendre son travail de pharmacienne quand son fils Gabriel aurait quatre mois. Mais à trois mois, la réponse est arrivée par e-mail : « Nous sommes au regret de vous informer qu’aucune place n’est disponible. »
Marion et son compagnon, Hugo, ont paniqué. Ils ont appelé toutes les crèches privées du quartier : listes d’attente pleines, ou tarifs de plus de mille euros par mois. Le problème n’est pas propre à Nantes. En France, il manque environ deux cent mille places d’accueil pour les jeunes enfants, et beaucoup de crèches manquent de personnel, car les auxiliaires de puériculture sont mal payées.
Ils ont alors cherché une assistante maternelle, c’est-à-dire une nounou agréée qui garde des enfants chez elle. Le relais petite enfance de la ville leur a donné une liste. Sur les quinze numéros, douze n’avaient plus de place. Finalement, ils ont rencontré Nathalie, qui garde trois enfants dans une maison avec jardin, à dix minutes. Elle avait une place à partir de septembre, soit deux mois trop tard.
Pour combler ces deux mois, il a fallu s’organiser. Marion a pris un mois de congé sans solde. Hugo a posé trois semaines de vacances. La grand-mère de Gabriel est venue de Bretagne pour la dernière semaine. « On a jonglé avec les plannings comme des acrobates. »
Financièrement, l’assistante maternelle coûte plus cher qu’une crèche publique, même avec les aides de la CAF et le crédit d’impôt. Mais aujourd’hui, Marion ne regrette pas. Gabriel adore Nathalie, et il apprend beaucoup avec les autres enfants. Elle reste pourtant en colère : « Comment peut-on encourager les femmes à travailler sans leur donner de solution pour garder leurs enfants ? »