Chère Aurélie de vingt ans,
Aujourd’hui, j’ai quarante ans. Mes enfants m’ont offert un gâteau avec des bougies beaucoup trop nombreuses, et ce soir, j’ai eu envie de t’écrire. Tu es en deuxième année de droit à Rennes, tu partages un studio minuscule avec ta meilleure amie et tu es persuadée que ta vie doit être parfaite avant tes trente ans. Je voudrais te dire quelques petites choses.
D’abord, arrête de t’inquiéter autant de ce que pensent les autres. Tu passes des heures à te demander si tu as dit quelque chose de bête en soirée. Personne ne s’en souvient. Les gens sont bien trop occupés à penser à eux-mêmes.
Ensuite, tu vas abandonner le droit. Je sais, ça te fait peur, et Papa va être déçu. Mais dans trois ans, tu vas découvrir que tu aimes enseigner, et tu deviendras professeure des écoles. Ce ne sera pas le métier le mieux payé, mais tu te lèveras chaque matin avec plaisir. Fais confiance à ton intuition.
Tu vas aussi vivre des moments difficiles. Il y aura une rupture qui te brisera le cœur, et la maladie de Maman, qui te fera grandir d’un coup. Je ne peux pas t’éviter cela. Mais je peux te promettre que tu t’en relèveras, plus forte que tu ne l’imagines.
Quelques conseils pratiques, quand même : appelle plus souvent Mamie, tant qu’elle est là. Elle a des histoires que tu regretteras de ne pas avoir notées. Mets un peu d’argent de côté chaque mois, même vingt euros. Protège ta peau du soleil. Et ne coupe jamais tes cheveux toi-même après une dispute.
Enfin, sois plus douce avec toi-même. Tu n’as pas besoin d’être parfaite pour mériter d’être aimée. Tu es déjà assez bien, telle que tu es.
Je t’embrasse fort, de l’autre côté du temps.
Aurélie, quarante ans